Malick Kébé exprime sa détermination pour la culture guinéenne (interview)
Dans sa perspective de redonner un nouvel élan à la culture guinéenne, le ministère des sports, de la culture et du patrimoine historique a décidé de récompenser certaines gloires qui ont marqué à un moment donné l’histoire du pays, notamment dans le secteur sportif et culturel. La liste des concernés qui a été publiée a frustré certaines personnages qui ont dénoncé de l’injustice lors de l’élaboration de la liste.
Face à cette situation, des légendes qui ont marqué l’histoire du pays se sont attaqués aux cadres de département des sports, de la culture et du patrimoine historique.
Lors d’une interview qu’il a accordé à notre rédaction vendredi 07 août 2020, le directeur général du Fonds de Développement des Arts et de la Culture n’a pas manqué de s’interroger sur la mentalité de certaines personnes qui ont perçu cette initiative dans le mauvais sens. Par la même occasion, Malick Kébé s’est exprimé sur les difficultés dont la culture est confronté en cette période de pandémie avant d’exprimer sa détermination pour la culture guinéenne.
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Verite224.com : avec l’existence de cette pandémie le Coronavirus qui affecte aussi les hommes de la culture, dites-nous votre avis?
Malick Kebé : vous savez cette maladie fait en sorte qu’on n’arrive pas à se regrouper et tout ce qui est culture regroupe la masse. Donc toutes les activités culturelles sont à l’arrêt. Ça joue sur les opérateurs culturels, sur les artistes, même sur les griots aujourd’hui qui animent nos différentes cérémonies oui aujourd’hui, il y a une grande restriction par rapport à la mobilisation.
Cette maladie a ralenti les activités culturelles, parlez-nous des conséquences ?
Elles sont énormes les conséquences. Il faut le dire, ça joue sur toutes les activités culturelles. Parce que quand on parle de culture, on parle de mobilisation. Et les gestes barrières éditées par l’ANSS interdit aujourd’hui la mobilisation c’est à dire le rapprochement des uns aux autres alors que la culture, tout ce qui est spectacle, organisation, c’est vraiment la mobilisation de la masse. Donc moi je pense que ça joue énormément sur cette culture, je l’ai dit et aussi sur les opérateurs culturels sans oublié aussi les artistes. C’est une perte énorme, mais on est obligé de faire avec.
Selon vous que faut-il faire pour venir en aide aux hommes de la culture qui sont confrontés à des difficultés actuellement ?
Vous savez il faut faire attention. Je parle de la culture. Je ne me souviens pas voir un évènement culturel où on dit les gens sont à un mètre, tu ne dois pas toucher l’autre, je n’ai jamais vu ça encore. Dès que tu vas mettre de la musique, tout à l’heure, forcément, les gens vont bouger. Ils vont se toucher. Donc, le risque est assez grand. Donc, ce n’est pas comme quand tu viens dans un endroit où on pose des chaises. Et puis, il faut reconnaître que ce n’est pas nous qui décidons. Aujourd’hui, toutes ces décisions là dépendent de l’ANSS qui doit définir des cadres. Il faut se renseigner voir si telle ou telle activité est faisable. Nous, on ne peut pas dire si c’est possible ou pas. Nous suivons des consignes venant des structures sanitaires et c’est ce que nous essayons d’appliquer.
Récemment, le département de la culture a décidé de récompenser certaines gloires. Cette initiative a chauffé la toile entre des cadres du département tutelle et certaines légendes qui ont défendu la couleur du pays, quel est votre regard ?
Vous savez, c’est un début, moi je ne comprends pas les gens. Il faut comprendre que même si on donnait à 100 personnes, il allait y avoir des plaintes. Parce qu’il y a plusieurs personnes qui font partie des gloires. Si l’Etat a commencé, depuis notre indépendance, c’est la première fois qu’on décide de dire qu’on va donner de salaire à une gloire. Depuis quand même qu’on a passé au libéralisme. Parce qu’avant c’était l’Etat, c’était des fonctionnaires. Depuis 1984, l’activité culturelle a été libéralisée en Guinée jusqu’à présent nous n’avons pas vu des actes comme ça. Déjà plus de 120 gloires ont été décorés, il y a plus de 200 qui sont engagés à la fonction publique. Parmi eux, il y a des artistes, des footballeurs et également, il y a ces 80 gloires sans oublier tous ces efforts que l’Etat est en train de faire. Ceux qui ne se sont pas retrouvés sur cette liste doivent comprendre que c’est le début du commencement, il faut encourager, remercier l’Etat pour cet acte et continuer à travailler pour que eux aussi, ils soient pris en charge. Vous savez le Guinéen aime se plaindre où il ne devait pas le faire. Il ne regarde pas ce qui est dans son panier c’est plutôt ce qui est dans le panier de l’autre. Je pense que ce n’est pas une bonne chose, il faudrait que nous soyons déjà contents de savoir que désormais il y a des gens qui bénéficient de ça et qu’on continu à se battre pour que ceux qui ne sont pas sur cette liste soient aussi pris en compte.
Quel est vôtre engagement dans la culture guinéenne ?
Mon engagement, d’abord c’est une passion pour moi de faire ce travail. D’abord, je l’ai commencé avec les tous premiers concerts de Isto Keira. C’était le concert de Sékouba Kandia, Mory Djely Deen Kouyaté au cinéma liberté. Alors depuis lors, mon engagement, il est claire dans la culture. Après, je me suis retrouvé dans le milieu de la musique urbain que j’ai développé ici. En produisant des groupes de rap, en manageant des groupes comme Kill pointe, les Mifagueya. La première compilation, l’organisation du premier festival africain ici en Guinée sans oublié les tournés qu’on a eu à organiser pour les articles. Je suis très heureux quand je viens sur l’esplanade du palais du peuple, je vois qu’il y a plus de 30 mille personnes, je me dis waouh. Nous venons de très loin. Donc, cet engagement, c’est sans faille, c’est parce que je me dis que la culture, son dénominateur c’est bien la jeunesse. Cette jeunesse a besoin d’être accompagnée, structurée et organisée. Aujourd’hui, nous sommes très contents de voir que nous sommes arrivés à créer au sein de cette culture des opérateurs cultures, des manageurs, des régisseurs, des tours manageurs, des gens qui travaillent dans ce lieu et à chaque fois qu’il y a des activités culturelles, ça créé de l’emploi direct et également indirect. Donc, je suis très heureux. Je continuerais à me battre jusqu’au dernier jour de ma vie pour le rayonnement de la culture guinéenne.
Quel conseil avez-vous aux fans de la culture guinéenne en cette période de pandémie ?
C’est de respecter les mesures barrières sanitaires. Parce que cette maladie n’est pas encore finie. Vous avez remarqué en Europe depuis qu’ils ont libéré le confinement, la maladie a encore repris. Ils sont en train de prendre d’autres dispositions pour dire que le port de masque devient maintenant obligatoire. Tout ça, c’est pour dire que nous devons être vigilants. Il faudrait pas qu’on pense que cette maladie est finie. Cette maladie, elle est encore là. Chaque jour, il y a les résultats des textes qui sont publiés, vous voyez qu’on déclare encore des gens qui sont malades de cette maladie. Bien qu’au niveau de la Guinée il y a plus de guéris que de malade. Il y a moins de décès, c’est déjà des très bonnes choses mais nous devons également être très vigilant.
Interview réalisée par Ibrahima BARRY