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Destructions des plantations en Basse Guinée : Danda Diallo de l’incubateur « Ose ton emploi » tire la sonnette d’alarme

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Ces derniers temps, plusieurs jeunes entrepreneurs ont vu leurs plantations agricoles détruites ou incendiées par des inconnus dans la région de la Basse Guinée. La plupart de ces entrepreneurs se retrouvent aujourd’hui sans aide ni assistance pour leur permettre de reprendre leurs activités et les auteurs de ces destructions restent toujours introuvables.

Dans une interview qu’il a accordé hier, vendredi 28 mai à notre rédaction, Danda Diallo, fondateur de l’incubateur « Ose ton emploi » n’a pas caché son mécontentement face à ces fléaux destructeurs qui continuent de tuer à petit feu nombreuses jeunes entreprises agricoles en Basse Guinée. L’initiateur du concept « Protégeons nos récoltes » interpelle les autorités guinéennes à prendre ses responsabilités pour sécuriser les exploitations des entrepreneurs.

Lisez l’intégralité de l’interview !

Verite224 : En tant que promoteur de l’entrepreneuriat en Guinée, quelle est votre lecture par rapport aux destructions des plantations en Basse Guinée ?

Danda : Comme je l’ai dit souvent je me suis senti interpellé face à cette situation. Je ne peux pas croiser les bras, moi en tant que accompagnateur, en tant que formateur, en tant que coach, en tant que personne qui fait la promotion de l’entrepreneuriat. Je me suis senti d’ailleurs premier concerné par cette situation, parce que ce sont des jeunes qu’on accompagne globalement, on les encourage à créer leur propre emploi, leur propre activité. Ils investissent leurs petits moyens, ils partent de rien pour construire quelque chose de viable. Quand je vois ces destructions de manière volontaire comme ça et que tout le monde reste les bras croisés, pour moi c’est inacceptable, il faut faire quelque chose. C’est là où je me suis senti qu’il faut agir pour mobiliser et également solliciter l’appui de tout le monde, l’adhésion de tout le monde pour alerter les autorités, pour informer et pour aussi sensibiliser les communautés afin de les aider à comprendre que l’entrepreneur n’est pas l’ennemi, on ne doit pas le voir comme un ennemi mais comme un partenaire parce qu’il vient pour créer des emplois, il vient développer la localité. En ce moment là, ces communautés doivent s’associer avec lui pour protéger les récoltes, protéger les exploitations, protéger les emplois, protéger les revenus. Pour moi c’est inacceptable que tout le monde reste les yeux fermés alors que les jeunes sont en train de souffrir au moment où ils sont en train de réussir, au moment où les efforts des plusieurs années sont en train de porter fruits et en ce moment là ils perdent tout et que ça reste comme ça.

Verite224 : Après toutes ces destructions, on constate que l’État ne réagit pas. Comment vous vous comprenez cette attitude des autorités étatiques ?

Danda : Pour moi, c’est peut-être parce que l’État n’est pas bien informé. L’information soit n’est pas arrivée de la bonne manière ou peut-être n’est pas arrivée à l’endroit qu’il faut. C’est comme ça je prends la chose parce que pour moi l’État est là pour protéger tout le monde. Quand je regarde que l’État s’est investi et a pris en priorité le développement de l’agriculture et le développement de l’entrepreneuriat jeune, pour moi l’État ne peut pas rester les yeux fermés sans agir quant il y’a des situations comme ça. Donc face à cette question, pour moi l’État n’est pas bien informé. Notre travail à nous dans l’ensemble, c’est de travailler pour apporter la bonne information aux bonnes personnes et les inviter en ce moment à agir. Je pense qu’à travers cette manière, nous aurons forcément un résultat escompté.

Verite224 : Qu’est-ce que ces fléaux pourraient occasionner dans l’avenir de ces jeunes entrepreneurs mais aussi dans les relations entre les entrepreneurs et les communautés de la Basse Guinée ?

Danda : D’une manière générale, c’est tout le monde qui perd. C’est tout le monde qui perd à partir du moment où c’est beaucoup de temps et beaucoup d’argent qui ont été investis pour la promotion de l’entrepreneuriat agricole, et quand tout ça meurt de cette manière là, pour moi on a perdu du temps, on a perdu de l’argent inutilement. Ensuite, lorsque des exploitations sont détruites de cette manière, c’est des emplois qui sont perdus, c’est des revenus qui sont perdus, c’est des familles qui vivaient de ces exploitations ou bien de ces récoltes qui sont directement affectées. C’est aussi des jeunes qui ont mis leurs temps et leurs énergies pendant plusieurs années et leurs financements qui ont tout perdu. A ce niveau, c’est tout le monde qui perd. C’est le chômage qui s’aggrave, c’est le développement du pays qui est affecté. Pour moi, il faut agir. On ne peut pas rester les bras croisés, il est question ici d’accompagner les jeunes dans leur intégration socio-économique dans les localités de leur choix pour vraiment développer les activités qu’ils veulent en lien avec les communautés et que ces communautés puissent comprendre que ces entrepreneurs sont des partenaires. C’est eux les investisseurs locaux, c’est eux qui peuvent faire le développement local, et vu de cette manière je pense que nous pourrons apporter un changement.

Verite224 : Quelles sont les solutions possibles que vous vous préconisez pour qu’en fin ces destructions s’arrêtent ?

Danda : Il y’a plusieurs solutions possibles. On est en train de réfléchir à la plus belle manière de régler ces questions. Mais avant tout, il faut appeler tout le monde à danser la même musique. C’est-à-dire avoir le même discours et dissocier carrément ce problème à ces questions politiques, à ces questions ethniques. C’est déjà un grand pas quant on réussi à le faire. Pour moi, il est question de l’entrepreneur, pas autres choses. Il est question de développement local, il est question d’amélioration des conditions de vie des communautés locales, il est question de création d’emplois en milieu rural. Donc pour moi, le sujet va au-delà des ces questions politiques et éthiques. Comprendre cela d’abord de cette manière, c’est un grand pas. Ensuite il faut sensibiliser, il faut informer, il faut former les communautés à la fois et aussi les entrepreneurs. Les entrepreneurs doivent comprendre comment s’intégrer dans une localité. Ce n’est pas juste venir prendre un domaine, comment le prendre et venir aussi exploiter et comment exploiter sans associer les communautés locales. Ça ne marche pas. C’est à l’image des sociétés minières qui s’installent mais qui ont toute une politique d’intégration. Ces entrepreneurs doivent être accompagnés dans ce sens, être formés pour qu’ils puissent tenir une comptabilité parce qu’aujourd’hui tous ceux qui ont perdu toutes ces exploitations ne peuvent pas vous dire exactement combien ils ont perdu, parce qu’il n’y a pas à la base une vraie comptabilité. En plus, ces communautés doivent aussi être sensibilisés et formés. On peut impliquer les sages à la base pour qu’ils comprennent que notre culture accepte la cohabitation, on peut s’appuyer sur ces éléments. Ensuite, pour moi il faut que les autorités agissent. C’est le rôle de l’État d’encadrer ça. C’est le rôle de l’État d’interdire ces destructions. C’est le rôle de l’État de mettre hors d’état de nuire les personnes qui sont en train de détruire les plantations. Ça c’est l’État qui peut le faire, c’est peut-être par méconnaissance de la chose mais l’État a les moyens de changer cette situation.

Verite224 : Quels messages avez-vous à lancer à l’endroit des entrepreneurs, des communautés locales de la Basse Guinée mais aussi des autorités.

Danda : Je vais commencer à m’adresser à ces communautés, à tous ces jeunes qui vivent en milieu rural qui sont en situation de chômage par endroit, qui voient par endroit des exploitations se développer, parfois il y’a ces questions de jalousie qui peuvent naître, je vais leur dire qu’ils peuvent trouver leur intérêt dans le développement de ces exploitations. Ils peuvent se former, ils peuvent participer à développer ces exploitations, ces entreprises pour qu’ils puissent tirer des revenus et vivre de ça eux aussi. Je voudrais dire à ces entrepreneurs d’apprendre à s’intégrer dans ces localités, d’apprendre à impliquer les communautés, d’apprendre à vivre ensemble, d’apprendre à concilier les intérêts et à gérer les conflits. C’est encore une autre question mais nous dans le cadre de notre initiative on se propose d’apporter des solutions concrètes dans ce sens. Je voudrais dire à tous les jeunes entrepreneurs de se montrer solidaire. C’est le moment de se donner la main. C’est le moment de se soutenir pour mettre fin à ces fléaux parce que si ça se développe c’est l’entrepreneuriat qui est en train de mourir. Je voudrais dire aussi à nos autorités de regarder ces cas de plus près. Il y’a des centaines de millions qui sont en train de tomber à l’eau. Il y’a des efforts des plusieurs années qui sont en train d’être brûlés. Il y’a des jeunes qui sont en train de se décourager carrément alors que l’État travaille à encourager les jeunes. Donc quelque part, l’entrepreneuriat est en train de mourir. Nous lançons l’alerte parce que c’est eux qui détiennent la solution et nous pensons qu’ils seront sensibles à nos messages d’alerte.

Un entretien réalisé par Abdourahmane Diallo

(00224)621280388/abrahamd992@gmail.com

 

 

 

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