Guinée : la répression policière fait de ravages à Conakry
Les violences d’Etat contre les opposants et les acteurs de la société civiles se poursuivent en une allure disproportionnée. La junte au pouvoir rivalise avec les dérives autoritaires du régime d’Alpha Condé qu’elle s’était pourtant promise de rompre avec le système au lendemain du coup d’Etat militaire du 5 septembre 2021.
Un jeune homme a été tué dans la journée du lundi 17 février 2025 à Hamdallaye, quartier situé dans la commune de Ratoma, théâtre régulièrement de violents affrontements entre manifestants et forces de sécurité. Ces violences ont éclaté quelques heures après la coupure d’électricité dans plusieurs quartiers de Conakry. La victime, identifiée comme Mamadou Souaïbou Diallo, âgé d’une vingtaine d’années, a succombé à une blessure par balle.
Selon plusieurs témoignages, le jeune homme ne se trouvait pas sur les lieux des affrontements au moment des faits. Des habitants affirment que les forces de l’ordre auraient pénétré dans le quartier en procédant à des tirs sporadiques pour disperser et intimider les populations. À ce stade, les circonstances exactes de sa mort n’ont pas encore été officiellement établies. Son corps a été transporté à la morgue.
Outre ce décès, plusieurs autres jeunes manifestants auraient été blessés par balle au cours des troubles. Cette nouvelle flambée de violence intervient dans un contexte de répression accrue contre les bastions de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) et du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC). La junte mène une répression féroce contre ces deux entités d’opposition.
Depuis plusieurs mois, les autorités de transition ont intensifié les poursuites contre plusieurs figures du FNDC, mouvement opposé au maintien des militaires au pouvoir. Plusieurs de ses responsables, dont Foniké Mengué et Billo Bah sont actuellement portés disparus depuis plusieurs mois. D’autres, à l’image de Sékou Koundouno et Ibrahima Diallo, vivent en exil.
Par ailleurs, Mamadou Oury, jeune médecin présenté comme l’un des organisateurs des manifestations sur l’axe Hamdallaye-Cosa, est activement recherché par les services de renseignement. Selon certaines sources, des gendarmes auraient mené une descente musclée à son domicile dans le but de l’interpeller, tard dans la nuit du mardi 18 février 2025.
D’après nos informations, les forces de l’ordre ont embarqué plusieurs membres de sa famille à une destination inconnue. Mamadou Oury n’est pas à son premier ennui avec les autorités. Il avait été arrêté par le CMIS de Cosa alors qu’au même moment une descente policière avait eu lieu dans son village à Koumbia, dans la préfecture de Gaoual.
Le les forces de l’ordre ont embarqué par la même occasion son père qui a fait une crise et se trouve dans un état grave à l’hôpital préfectoral de Gaoual.
Depuis l’étranger, où il vit en exil, le président de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo, a dénoncé ce qu’il qualifie de « dérives autoritaires » du régime militaire, accusant les autorités de réprimer les opposants et d’instrumentaliser la justice.
Dans un communiqué, le FNDC a également condamné ce qu’il décrit comme un « assassinat odieux ». Le mouvement estime que le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), à l’instar des régimes précédents, « au lieu d’apporter des solutions idoines aux préoccupations des populations, devient de plus en plus violent dans sa démarche ».
Cette nouvelle crise ravive les inquiétudes quant à l’évolution de la transition politique en Guinée, alors que les appels au retour rapide à l’ordre constitutionnel se multiplient tant au niveau national qu’international. Et au même moment, des mouvements de soutien se multiplient pour inciter le chef de la junte militaire au pouvoir à se porter candidat à la présidentielle.
Ousmane Cissé