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Deux poids, deux mesures : l’affaire Bella Bah pose sérieusement question

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Mercredi 19 août, le Tribunal de première instance de Dixinn a rendu son verdict dans l’affaire Bella Bah. Six mois de prison, dont un mois ferme, plus 40 millions de francs guinéens d’amende, pour des propos jugés injurieux envers le grand imam de Conakry sur Facebook. Le tribunal a même ordonné la suppression du compte. Le parquet demandait un an ferme, la défense plaidait la relaxe. On est donc « entre les deux », si on peut dire, mais avec quand même de la prison à la clé.

Bella Bah, pour ceux qui ne suivent pas, c’est un activiste connu pour ses prises de position critiques envers le pouvoir. Il avait été interpellé le 8 août dans son établissement scolaire, placé sous mandat de dépôt le 13, et jugé une semaine après. Le tout pour des mots publiés en ligne.

Et le plus fou dans cette histoire, c’est que l’imam lui-même avait pardonné. Avant même le procès, Elhadj Mamadou Saliou Camara était sorti publiquement pour dire qu’il pardonnait à Bella Bah, qu’il le considérait « comme son fils » vu son âge et sa fonction, et il avait carrément plaidé auprès des autorités pour qu’on le relâche. La victime principale de l’affaire demandait la clémence. Le tribunal, lui, a quand même maintenu un mois de prison ferme. Il y a quelque chose qui ne colle pas.

Parce que quand on regarde ce qui s’est passé récemment dans d’autres dossiers en Guinée, on a de quoi se poser des questions sur la cohérence de tout ça.

Prenez l’affaire Singleton. L’artiste Mohamed Saydou Bangoura a été jugé en septembre dernier pour homicide involontaire, après un accident de voiture qui a coûté la vie à un homme, père de dix enfants. Pendant le procès, on a appris qu’il était resté une bonne vingtaine de minutes dans son véhicule après l’accident, avant d’aller réparer sa voiture, sans vraiment s’occuper de la victime sur le moment. Résultat du procès : un an de prison, mais entièrement avec sursis. Donc zéro jour de prison ferme. Pour la mort d’un homme.

Autre exemple, encore plus récent. En avril, Yama Séga et Maya La Solution ont été jugées pour des injures et des menaces qu’elles s’étaient balancées en direct sur les réseaux sociaux, une affaire tellement grave que le procureur lui-même a parlé de propos « impensables », et qui a fini par forcer les autorités à couper l’accès aux réseaux sociaux dans tout le pays pendant deux jours. Verdict : deux ans de prison, mais là aussi entièrement avec sursis, plus 40 millions d’amende chacune. Encore une fois : aucun jour de prison ferme.

Donc voilà où on en est. Un homme qui critique un imam, à qui cet imam a personnellement pardonné, se retrouve avec de la prison ferme. Pendant ce temps, un homicide involontaire et des injures que le parquet lui-même qualifie d’impensables se soldent par du sursis intégral. Je ne dis pas que critiquer un imam n’a pas de conséquences à avoir, mais il y a un problème de proportion, non ?

Ce n’est pas la première fois qu’on entend ce genre de critique sur la justice guinéenne. L’activiste des droits humains Mamadou Kaly Diallo s’est déjà dit inquiet des effets de ce genre de décision sur la liberté d’expression dans le pays. De son côté, la défense de Bella Bah n’a pas fermé la porte à un appel.

On peut comprendre qu’un tribunal veuille protéger la dignité des institutions religieuses. Mais quand une critique publique finit par coûter plus cher, en jours de prison réels, qu’un homicide au volant ou que des menaces qui ont fait couper internet dans tout le pays, on a le droit de se demander ce qu’on est en train de protéger, et à quel prix. Pour l’instant, on dirait qu’en Guinée, mieux vaut tuer quelqu’un sur la route que de critiquer un imam sur Facebook. C’est dur à écrire, mais les faits sont là.

Maladho Barry

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