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À quand la révolte ?

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Un pays qui compte ses morts par dizaines et qui, au lieu de les pleurer, sort les bulldozers dès le lendemain — voilà ce qu’est devenue la Guinée sous ce pouvoir.
Des corps retrouvés, des questions sans réponses. Le 24 août, les corps de six hommes ont été découverts dans une fosse commune à Sabakhouré, préfecture de Forécariah — les yeux bandés, les mains ligotées. En octobre 2025, une autre fosse contenant plusieurs corps avait déjà été mise au jour dans cette même préfecture. Un an plus tard, toujours aucune identité, aucun suspect, aucune explication. Qui protège qui, dans ce pays, pour que des fosses communes se multiplient dans l’indifférence du pouvoir ?

Un drame social devenu drame humain — et une occasion saisie. Dans la nuit du 22 au 23 août, l’éboulement de la décharge de Dar-es-Salam a enseveli des habitations entières. Bilan : 34 morts, une trentaine de blessés. Un drame né de décennies de négligence urbaine assumée par l’État lui-même. Et la réponse du gouvernement ? Non pas des excuses, non pas un plan d’urgence digne de ce nom, mais des bulldozers envoyés dès le lendemain pour raser les maisons des survivants — 72 familles jetées dehors, 1 500 autres à reloger « un jour », promet-on.

La brutalité érigée en méthode. Le scénario s’est répété début septembre autour de l’aéroport de Conakry : des immeubles rasés en 24 heures, sans indemnisation, en pleine saison des pluies. À Kakimbo, des familles jurent n’avoir reçu aucune mise en demeure avant de voir leur toit marqué à la craie pour démolition. Un gouvernement qui détruit plus vite qu’il ne construit, qui expulse plus vite qu’il ne reloge — est-ce cela, la « modernisation » que l’on nous promet ?

Les pluies tuent, l’État regarde ailleurs. Année après année, les mêmes quartiers précaires paient le prix fort des intempéries — ceux-là mêmes que le pouvoir a laissés s’installer faute d’alternative, et qu’il choisit aujourd’hui de raser plutôt que de protéger en amont.

Et la moindre critique ? Prison. L’activiste Abdourahmane Bella Bah, connu pour ses positions critiques envers le pouvoir, a été arrêté le 8 août et condamné à six mois de prison pour de simples publications sur les réseaux sociaux, avant d’être libéré le 11 septembre après avoir payé une lourde amende. Un homme derrière les barreaux pour des mots — pendant que ceux qui creusent des fosses communes courent toujours.
Et la moindre gêne diplomatique ? Censure. Le 17 septembre, la Haute Autorité de la Communication a interdit purement et simplement France 24 sur tout le territoire — satellite, câble, internet, réseaux sociaux — et retiré l’accréditation de ses journalistes, pour un seul mot jugé déplaisant : « putschiste ». Un pouvoir si sûr de sa légitimité qu’il ne supporte même plus qu’on la nomme.

Ahmadou Kourouma écrivait que « Allah n’est pas obligé d’être juste dans toutes ses choses ici-bas ». Peut-être. Mais les hommes qui gouvernent, eux, le sont — et quand ils se dérobent à cette obligation, personne d’autre ne viendra changer notre situation à notre place.

Alors, à quand la révolte ? Pas la violence — le pouvoir n’attend que ce prétexte pour frapper plus fort encore. Mais le sursaut. Celui d’un peuple qui refuse que ses morts restent sans nom, que ses maisons tombent sans préavis, que ses voix soient bâillonnées et que l’information soit coupée dès qu’elle dérange. Ce sursaut, personne ne l’organisera pour nous. Il viendra de la rue, des quartiers, des réseaux sociaux encore libres — pacifique, déterminé, et debout.

Mariam Maladho Barry

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