Affaire Saifoulaye Bah : Quand la disproportion de l’autorité brise la vie d’un jeune et l’espoir d’une famille
Une vitre cassée. Voilà ce qui aura coûté la vie au jeune Saifoulaye Bah, décédé dans la pénombre d’une cellule de prison, loin des siens, après des mois de détention sans jugement. Un drame absolu qui pose une question fondamentale, jusqu’où la disproportion des pouvoirs et l’absence d’empathie peuvent-elles aller en République de Guinée ?
Madame la Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD), Djenabou Touré votre position exigeait de la grandeur et du discernement. Vous êtes une figure de l’État, mais vous êtes aussi une mère, une sœur et une fille au sein d’une famille qui s’honore de votre parcours. Pourtant, face aux suppliques répétées d’une famille démunie qui ne vous demandait qu’une chose le pardon, vous avez choisi la fermeté inflexible.
Une vitre endommagée suite à un accident de la circulation méritait-elle d’éteindre la vie d’un jeune homme qui représentait l’unique espoir des siens ? Le matériel est éphémère. Les véhicules, les privilèges de la fonction et les biens terrestres ne nous accompagnent pas au soir de notre existence. Face à l’éternité, nous finirons tous par abandonner ce bas monde. Saifoulaye Bah, lui, l’a quitté prématurément, laissant derrière lui une famille plongée dans un chagrin inconsolable.
Dans cette affaire, la disproportion des moyens frappe l’esprit. À la suite de l’incident, vos déclarations faisant état d’une agression visant à vous porter atteinte ont conduit le Président de la République, Mamadi Doumbouya à vous octroyer un nouveau véhicule blindé et une garde rapprochée. Pourtant en vrais c’était un accident de la circulation. Dès lors que l’État réparait le préjudice matériel et renforçait votre sécurité, qu’est-ce qui opposait encore le pardon à ce jeune homme ?
Au lieu de cela, c’est l’appareil judiciaire guinéen qui s’est engouffré dans la brèche, étalant une fois de plus ses faiblesses structurelles. Censée être la boussole de la société, la justice s’est muée en instrument d’exécution des humeurs du moment. Maintenu en détention provisoire pendant un long moment sans procès, privé de la moindre possibilité de se défendre devant un tribunal, Saifoulaye Bah a vu sa liberté suspendue à l’arbitraire.
Aujourd’hui, les circonstances exactes de sa mort au sein du milieu carcéral restent ignorées du grand public. Les autorités pénitentiaires et le ministère de la justice, garde des sceaux ont le devoir moral et légal d’apporter des réponses claires.
La tentative de régler cette tragédie après coup par l’envoi d’une délégation qui avait 10 sacs de riz, des bidons d’huile et d’un bœuf à la famille du défunt s’apparente à une démarche bien tardive. À quoi sert la générosité matérielle quand le souffle de la vie s’est retiré ? La dignité de la famille de Saifoulaye s’est exprimée dans le refus catégorique de ces dons, ce qu’elle demandait de son vivant, c’était la grâce et la miséricorde, non des compensations après sa mort.
Vouloir étouffer l’affaire ou intimer le silence à la famille du défunt est une peine perdue. Comme le dit le dicton populaire, « tout ce qui pourrit finit par sentir ». La vérité sur les conditions tragiques de cette disparition a fini par traverser les murs des prisons et les frontières du silence pour arriver sur la place publique.
La mort de Saifoulaye Bah est un signal d’alarme pour la conscience collective guinéenne. Jusqu’à quand les citoyens ordinaires subiront-ils le poids d’une justice à deux vitesses ?
C’est sur ces dérives que le Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, est interpellé. Pour que la justice soit réellement la boussole promise, il est impératif d’affirmer haut et fort qu’aucun Guinéen n’est supérieur à un autre, quel que soit son rang ou son influence dans l’appareil d’État.
Saifoulaye Bah a été conduit à sa dernière demeure ce week-end à Boulléré, son village natal précisément à Sangaredi. Il échappe désormais à l’attente interminable des jugements humains pour rejoindre un monde où tous sont égaux devant le Créateur.
Que son âme repose en paix. Et que sa mémoire rappelle aux dirigeants d’aujourd’hui et de demain que l’exercice du pouvoir ne doit jamais faire oublier l’humanité.
Ibra Barry, journaliste d’investigation