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Dans les coulisses de l’émission « Droit dans les yeux » avec Mohamed Ali [Entretien]

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Mohamed Ali Konde, animateur de l'émission droit dans les yeux
Mohamed Ali Konde, animateur de l'émission droit dans les yeux

C’est l’une des émissions les plus courtisées dans le paysage médiatique guinéen. « Droit dans les yeux » réalisée et diffusée par la radio Espace attire et a pu se créer une marque qui précède sa réputation.

Cette semaine, Verite224.com a interrogé le principal animateur sur les coulisses de cette émission. Mohamed Ali Kondé répond à nos questions. Lisez.

Verite224.com : vous animez une très célèbre émission, droit dans les yeux, dites-nous comment l’idée vous est venue ?

Mohamed Ali Kondé : c’est la volonté de faire les choses autrement, donc l’idée est venue de la volonté de faire l’interview politique autrement. On a remarqué que ça mène tant une critique, l’interview politique avec les hommes politiques est souvent tentée de complaisance, c’est à dire qu’on n’arrive pas à regarder les hommes politiques avec droit dans les yeux et à essayer d’insister à une question publique. Alors on s’était dit qu’on pouvait créer une émission dans ce sens à l’image de certaines émissions à l’international, je pense par exemple à des émissions aux États Unis, à des tics chauds et en France. Je pense à plusieurs grands journalistes à travers le monde qui ont réalisé des très grandes interviews. Donc, on s’était dit qu’on pouvait effectivement avoir une question d’intérêt générale et la poser à des politiques qui doivent nous donner des réponses précises. Il fallait donc que nous journalistes que nous soyons rigoureux dans la recherche de nos réponses auprès des politiques afin de mieux informer les populations.

 

La rigueur, beaucoup de téléspectateurs et même des journalistes disent que vous faites tout pour avoir ce que vous voulez, alors comment vous faites jusqu’à pousser les gens à dire ce que vous voulez ?

Ça peut être une perception de dire que je fais tout pour avoir ce que je veux, même si le plus souvent, je n’ai pas ce que je veux. Je l’ai dit tout suite, nous ne voulons pas de complaisance, nous ne voulons pas faire une émission complaisante et comme disent les communicants, les yeux ne parlent pas avec les mots mais les yeux communiquent plus que tous les autres sens. Donc quand vous regardez quelqu’un droit dans les yeux, de proximité de moins d’un mètre et que vous lui posez  une question sur le temps, une question le plus souvent qu’il ne s’attendait pas, le plus souvent, il est obligé de vous répondre en toute sincérité, ça c’est avec les personnes normales. Avec les politiques, si vous voulez, ils ont une formation pour vous répondre, c’est maintenant devenu la routine, c’est devenu une récitation, ils peuvent même anticiper votre question. Si vous posez une question, ils ont déjà la réponse. Alors nous insistons sur les questions que nous posons pour enfin obtenir des réponses que nous savons d’avance mais que les politiques ne veulent pas dire. Ils ne veulent pas décrire une situation où ils veulent faire le politiquement correct, face à une situation. Nous nous insistons pour dire non on a compris ce que vous avez dit mais est-ce que c’est de cette manière-là, ou dites qu’en est-il réellement ? On a compris votre façon de répondre les choses mais est-ce que vous savez ce que vous êtes en train de dire ? Vous critiquez la situation mais est-ce que vous avez des solutions ? C’est à vous d’insister toujours et trouver la réponse.

Est-ce que vous obtenez souvent des réponses sincères ?

Les politiques sont rarement sincères mais par endroit on ne cherche pas la sincérité chez les gens, on cherche l’objectivité. Tout de suite c’est difficile pour un homme politique de l’opposition de dire ce que fait le gouvernement est bon. Mais en réalité, vous vous savez que pour la population, quand une situation est posée elle est bonne, on doit dire qu’elle est bonne. Donc, s’il faut amener le politicien de l’opposition à reconnaître que c’est bon, ça peut être un élément qui ne trompe pas les populations parce que ce politique à des partisans qui l’écoutent et qui le suivent. Donc, ces citoyens doivent savoir que malgré tout, nous ne sommes pas obligés de contester parce ce n’est pas notre ennemi, c’est notre adversaire. Donc, quand c’est bon à un moment donné, il faut le constater même si tu vas ajouter là-dessus qu’il faut améliorer.

 

C’est la même chose pour la mouvance, qui pense déjà que l’opposition est nuisible, exemple tout ce qu’elle fait c’est contesté, nous disons non, on ne peut être avec vous tout le temps. Donc, avec les politiciens, on cherche de plus l’objectivité et la sincérité parce que la sincérité chez les uns et les autres, ça peut être difficile à obtenir et le plus souvent c’est eux qui ne comprennent pas le jeu et ils se mettent en colère.

 

On voit souvent des tensions lors de l’émission, comment vous gérez cela avec vos interlocuteurs ?

 

Je gère comme un journaliste professionnel. J’ai la responsabilité de l’émission. Il suffit juste de titiller la personne pour l’amener à sortir de son mutisme, ça veut dire quoi, que la réponse qu’il a déjà préparé pour vous dire, il faudrait qu’il l’abandonne pour vous donner une réponse objective en réalité. Donc, lorsque la tension monte, il est de ma responsabilité de baisser aussi la tension. Si vous suivez l’émission, vous verrez que le plus souvent, je souris à l’invité. Je fais tout pour amener l’invité à sourire avec moi quand la tension monte.

 

Est que parfois vous ne faites pas exprès de créer des tensions dans le but d’obtenir la réponse que vous voulez ?

Une discussion incomprise est toujours source de tension. Ce que je suis en train de dire c’est si vous êtes d’accord que vous ne seriez pas d’accord alors chacun reste sur sa position, souvent ça créé de tension. Par endroit, il y en a qui n’aime pas contradiction. Il y a des personnes publiques qui n’aiment pas qu’on les contredise. Dès que vous les contredisiez ils se mettent en colère tout de suite. Et nous nous disons que si vous êtes capable de vous mettre en colère en une minute, mieux vaut rester à la maison. Quand vous arrivez au travail, vous laissez toutes vos mauvaises humeurs à la maison. Là c’est l’objectivité, vous devenez comme tout le monde. Les politiques aussi lors qu’ils portent une responsabilité publique ils n’ont aucunement le droit de se mettre en colère parce que ça y va surtout pour leur bonne image en réalité.

 

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans la préparation et la réalisation de l’émission ?

A la base c’est sont des difficultés que rencontre tout journaliste à la préparation de son émission. Parce que pour préparer une émission, il faut bien maîtriser le sujet et pour maîtriser le sujet, il faut s’informer. Donc, il faut lire, il faut appeler, il faut demander. Hors mis cela, l’autre difficulté, c’est parfois les invités qui n’acceptent pas de venir dans l’émission. Il y en a qui ne connaissent pas l’émission qui ont envie de venir mais qui finissent par dire, écoutes on m’a parlé de ton émission donc ce n’est pas possible. Souvent quand je me rends dans un bureau pour réaliser l’émission, le monsieur me dit écoute je ne suis plus disponible, cela m’est arrivé plusieurs fois. Il y en a qui font exprès, ils laissent quand j’arrive au bureau, ils me disent je ne veux pas te manquer du respect, mais ton émission c’est trop chaud. Donc, je pense que par moment, c’est un peu certains qui n’ont pas compris le sens de l’émission. Ils pensent qu’elle est trop agressive, il y en a qui pensent c’est mal poli. Mais il y a rien de tout ça. Il y a le journalisme qu’on gère dedans. Heureusement depuis que j’ai commencé mon émission, je n’ai pas reçu aucun courrier où on me blâme à plus forte raison une convocation dans un commissariat pour diffamation parce que j’essaie de faire bien ce que je fais et tous les jours j’essaie d’améliorer. L’agressivité c’est fait exprès, le ton c’est fait exprès, la question directe c’est fait exprès, la chemise rouge c’est fait exprès, la position des chaises face à face, c’est fait exprès. Même si c’est le président de la République, si c’est l’émission on doit faire comme les autres émissions, nous sommes tous au même pied d’égalité dans cette interview. Au-delà de nos responsabilités, voilà donc tout est fait exprès dedans à la limite du journalisme pour procurer une autre façon de faire l’interview en Guinée.

 

Est-ce que dans les perspectives, on peut s’attendre de l’extension de l’émission avec les citoyens lambda ?

 

L’idée c’est de demander des comptes à ceux qui portent la responsabilité publique. Donc, c’est fait pour les citoyens mais ce n’est pas par les citoyens en quelque sorte. Mais on le fait avec ceux qui les représentent, ceux qu’ils ont confié des responsabilités. L’autre idée première, c’est que nous voulions offrir qui puisse mettre en relation le citoyen lambda à un député par exemple, à un porteur de responsabilité publique. Si vous êtes en face de la télé par exemple, le citoyen qui le regarde se dit si je suis en face de lui voici comment je vais lui demander. Et quand le citoyen veut poser une question, il n’a pas de filtre, lui il ne calcul pas.

 

Comment vous prenez l’avis des populations ?

On vit parmi les populations et on pose des questions. Il y a des gens qui nous demandent pourquoi vous ne les interpeller sur ceci ou cela. Donc, quand on est face à quelqu’un, il n’y a pas de complaisance. J’ai beaucoup d’amis que j’ai interviewé, vous ne croirez pas que nous sommes amis. C’est sont des personnes avec qui on discute. Mais puisque qu’on est dans une émission, là c’est la rigueur. Donc, les personnes avec lesquelles on discute, c’est des gens avec qui on discute le plus souvent. C’est de demander aux responsables des comptes c’est ça la mission principale. Donc, l’extension au niveau des citoyens lambda, je ne pense pas que cela soit possible mais on pourrait les rendre au niveau des journalistes par exemple. Avec eux, on viendra discuter d’un discours d’un président de la République ou d’un premier ministre, d’une situation par exemple. On avait expérimenté une situation à un moment donné et c’était très bien. On a continué à le faire mais il faut savoir que les journalistes ne sont pas souvent disponibles. L’autre extension s’ils acceptent, ça sera d’attrape-nigaud. On pourra demander au ministre du commerce, combien coûte le pain ? Parce qu’il est ministre du commerce, il est sensé le connaître. Voilà, c’est juste pour amuser les choses. Mais pour le moment, les gens ont peur de venir, même si vous les envoyer à se rappeler des questions de école primaire, comme quelle est la superficie de la Guinée, je pense qu’ils vont carrément vous abandonner dans votre émission.

 

Que dites-vous à ceux qui sont toujours réticents de venir dans votre émission ?

Il y’en a deux qui en n’ont la même responsabilité. Les leaders d’opinion qui ont envie de se faire comprendre par la population. Je veux parler des acteurs de la société civile et même les acteurs politiques qui ne sont pas encore au pouvoir. Ces personnes doivent venir pour qu’on parle de leur opinion pour qu’ils nous expliquent sans complaisance comment ils se défendent quand on les pose des questions de ce genre. Donc, ils doivent venir dans cette émission parce que c’est une émission comme toute autre émission.

Entretien réalisé par Ousmane Diallo

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