Toutes les infos en direct sur la Guinée

La gestion opaque des fonds de l’État guinéen par les agences onusiennes : un système sous haute surveillance

0

La question ne réside pas tant dans le fonctionnement opérationnel des agences des Nations Unies que dans la manière dont le pouvoir est réellement exercé en République de Guinée. Au sein de cette grande organisation internationale, le personnel local en Guinée est trop souvent marginalisé, considéré non comme un partenaire, mais comme un simple outil de travail dénué de toute valorisation, nous confie une source d’information ayant requis l’anonymat.

Cette fracture serait aggravée par un mode de gouvernance « clanique », dans la quasi-totalité des agences, des factions opposées s’affrontent, manipulant les processus décisionnels à tous les niveaux.

Notre source illustre ses propos par le secteur WASH (Eau, assainissement et hygiène). « Il s’agit d’un domaine où les flux financiers sont colossaux, mais la gestion est, pour le moins, questionnable. À titre illustratif, le coût réel d’un forage performant oscille entre 25 et 35 millions de francs guinéens. Pourtant, ces mêmes infrastructures sont facturées entre 125 et 135 millions », dénonce-t-elle.

Poursuivant son intervention, elle souligne qu’au-delà de la surfacturation, l’exécution des projets est problématique. « Lorsqu’un programme prévoit la réalisation de 45 forages répartis dans des localités comme Beyla, Lola, Macenta, Guéckédou ou N’Zérékoré, la réalité du terrain est toute autre, les objectifs ne sont jamais atteints. Le système est biaisé dès le départ, le responsable de l’agence s’implique personnellement dans le choix des prestataires, neutralisant le pouvoir de contrôle des équipes de terrain. Résultat, des travaux inachevés ou de piètre qualité sont validés et payés, sans aucun recours possible pour les agents opérationnels qui tentent d’alerter leur hiérarchie. »

« Si le système des Nations Unies présente ces dérives, il trouve une forme de complicité passive dans l’irresponsabilité de certains pans de l’administration nationale », réagit un ancien employé de l’UNICEF.

Pour lui, il existe au sein des autorités guinéennes une méconnaissance profonde du fonctionnement de ces agences. Beaucoup pensent, à tort, que les fonds déployés par l’UNICEF ou le HCR proviennent exclusivement de l’ONU, alors qu’il s’agit, pour une large part, de ressources propres à l’État guinéen, confiées à ces agences pour pallier des défaillances locales.

« Cette dépendance financière crée un complexe d’infériorité. L’État, incapable de s’imposer ou d’auditer efficacement l’utilisation de ses propres fonds, se retrouve dans une position de soumission. Comment justifier, par exemple, qu’un cadre subalterne au sein d’une agence puisse s’offrir un véhicule à 450 millions de francs, si ce n’est par la protection dont il bénéficie au sommet d’un système corrompu ? », s’interroge-t-il.

Diego Zorrilla, Coordinateur Résident des Nations Unies en Guinée
Diego Zorrilla, Coordinateur Résident des Nations Unies en Guinée

Interrogé sur ces accusations, Monsieur Diego Zorrilla, Coordinateur Résident du Système des Nations Unies en Guinée, a tenu à apporter des clarifications. Concernant la transparence, il assure que « le Système des Nations Unies accorde une importance centrale à la redevabilité. Chaque financement est soumis à des procédures strictes avec des contrôles internes et externes réguliers. »

M. Zorilla précise que les projets sont alignés sur les priorités nationales (UNSDCF 2024-2028) et que « les autorités nationales sont les acteurs de premier plan dans toutes nos interventions ». Il ajoute, « Au niveau de chaque projet, il existe un comité de pilotage présidé par les autorités nationales. De plus, nous produisons chaque année des rapports d’activités pour partager les résultats de nos interventions, complétés par des rapports annuels spécifiques à chaque agence. »

Affaire à suivre.

Par Ibra Barry pour Verite224.com

Tel : 620 10 70 71

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que cela vous convient, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. J'accepte Lire la suite

Politique de confidentialité et de cookies
Partager