Le poumon de la Guinée sous respirateur : Le silence coupable du port Autonome de Conakry
Le constat est glacial, l’asphyxie est réelle. Ce qui devait être le moteur vrombissant de l’économie guinéenne, le Port Autonome de Conakry (PAC), ressemble désormais à un goulot d’étranglement où s’échouent les espoirs des opérateurs économiques. Depuis des mois, une question brûle toutes les lèvres, des entrepôts de Madina aux bureaux climatisés de Kaloum : pourquoi les marchandises des commerçants sont-elles prises en otage ?
L’Hémorragie logistique, les chiffres, têtus et alarmants, dessinent les contours d’un désastre silencieux. Avec une attente en rade oscillant entre 6 et 16 jours avant même d’espérer un accostage, le port sombre dans une congestion critique. Derrière ces délais, ce sont des centaines de conteneurs qui dorment, des chaînes de production à l’arrêt et un surcoût faramineux pour les transitaires et commerçants. Chaque heure de retard est une perte sèche pour le Trésor public et un coup de poignard dans le pouvoir d’achat du Guinéen moyen.
Le paradoxe du silence, alors que la vision de la Cinquième République, portée par le Président Mamadi Doumbouya, prône l’efficacité et le soutien indéfectible aux entrepreneurs, l’administration portuaire semble s’être murée dans une tour d’ivoire. Ce «silence radio» de la Direction du PAC et du Ministère des Transports est une faute stratégique.
Lorsqu’une institution vitale refuse de communiquer, elle laisse le champ libre aux rumeurs les plus folles et aux vidéos virales de citoyens étrangers qui s’étonnent, devant le monde entier, de notre inertie. Un adage bien de chez nous prévient : «Si vous ne racontez pas votre histoire, quelqu’un d’autre l’écrira à votre place, et sa plume ne sera pas tendre.»
L’urgence d’agir, le port n’est pas qu’un alignement de grues et de béton ; c’est le cœur battant de notre souveraineté. Le laisser s’enliser dans l’inefficacité, c’est trahir l’ambition nationale de développement. Les entrepreneurs ne demandent pas l’impossible, ils exigent de la clarté, de la prévisibilité et de la rigueur.
La Direction nationale doit sortir de sa léthargie. L’heure n’est plus aux rapports de bureau, mais à l’action de terrain et à une communication de crise transparente. Monsieur le Directeur, Messieurs les Ministres, parlez au peuple ! Car si le poumon s’arrête, c’est tout le corps de la Guinée qui s’effondre.
Par Billy KEITA