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Le CNRD ! Une transition qui ne doit pas échouer

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Le CNRD sera ce que nous en ferons. J’espère qu’entre le CNDD et le CNRD il n’y a pas que le « D » qui ait sauté au profit du « R ». J’espère ainsi que nous avions appris de notre expérience avec le CNDD afin que les erreurs commises à l’époque par les putschistes et les hommes politiques ne soient plus répétées.

S’il est vrai que c’est le Groupement des Forces Spéciales conduit par Mamadi Doumbouya qui a renversé Alpha Condé, il est néanmoins clair qu’ils n’auraient pas pu le faire sans au préalable avoir la certitude que le peuple les aurait soutenus. D’ailleurs, nous avons un coup d’État échoué en Turquie car les putschistes ne portaient pas en eux les aspirations de leur peuple et ne bénéficiaient donc pas du soutien populaire.

En Guinée, nous ne sommes malheureusement pas à notre première expérience avec les coups d’État. Nous en avions déjà connu au moins trois sans compter la tentative d’assassinat en décembre 2009 qui avait mis fin au pouvoir du Capitaine Dadis Camara. Jusque-là, les coups d’Etat qui avaient réussi étaient perpétrés contre des cadavres pour interrompre la perpétuation de régimes impopulaires. Cependant, le coup d’Etat du 5 septembre est différent. C’est la première fois, un coup d’État a pu évincer du pouvoir un président encore en vie.  C’est donc un véritable coup d’audace et espérons qu’il sera aussi un véritable coup de rupture avec le passé.

 

Dommage qu’il ait fallu un coup d’État pour que le désormais ex-président Alpha Condé et ses suppôts comprennent que la Guinée ne se résume pas à un seul individu. Alpha Condé aurait pu éviter cette humiliation s’il avait tenu sa parole et respecter la Constitution sur laquelle il avait prêté serment. Il aurait aussi pu éviter à la Guinée une nouvelle transition militaire dont l’issue reste pour le moment incertaine.

 

Face à cette incertitude, nous ne devrions donc pas laisser l’euphorie du moment, nous distraire et nous détourner de l’essentiel. La réussite ou l’échec de cette transition dépendra de ce que nous en ferons et surtout de la volonté des acteurs du CNRD de vouloir rompre avec le passé et offrir au pays un nouveau départ. Cette réussite dépendra aussi de la volonté de la classe politique mais aussi et surtout de la volonté du peuple de Guinée. Nous devrions être non seulement patients mais aussi et surtout exigeants envers les nouveaux dirigeants du CNRD dont la composition n’est jusque-là pas claire.

Que faut-il faire maintenant ?

Cette transition ne devrait pas être très longue mais elle ne devrait pas non plus être court-circuitée et bâclée surtout si le CNRD s’engage à nettoyer le pays et à exiger des comptes de ceux qui ont conduit le pays dans ce gouffre politique et économique. Pour réussir cette transition, et dissiper les doutes et les rumeurs, les leaders du CNRD devraient rapidement :

  1. Présenter la structure du CNRD et sa composition.
  2. Présenter Une feuille de route déclinant leurs objectifs, les jalons qu’ils envisagent de poser ainsi que le délai d’exécution qu’ils se fixent pour réussir cette transition.

 

  1. Former gouvernement de transition restreint constitué d’une vingtaine de patriotes compétents qui n’ont pas été mêlés du brigandage de mars 2020 contre la constitution du pays et qui ne sont pas non plus soupçonnés de crimes ou de détournements. Des Guinéens aux mains propres libres de tout chantage ou manipulation qui devrait s’atteler à restaurer la confiance, la paix et la sécurité, remettre de l’ordre dans le pays, assainir les finances publiques et la fonction publique. Celle-ci est aujourd’hui truffée de tocards qui n’ont été recrutés que pour des raisons politiques ou népotistes.

 

  1. Mettre sur pied une Commission de vérité, de Pardon et de Réconciliation. L’objectif de cette commission ne sera pas forcément de sévir mais d’exposer la vérité et demander des comptes à ceux qui sont responsables des crimes et des douleurs que la Guinée subit depuis des décennies. Malgré toutes les tragédies que le pays a connues, ses dirigeants n’ont jamais rendu compte de leurs actes. C’est pourquoi depuis l’indépendance ce sont les mêmes qui pillent et ce sont ces mêmes qui posent leurs tentacules de régime en régime pour sucer continuellement le pays et empêcher tout changement. Il est donc important qu’un état des lieux soit fait et que ceux qui ont dirigé rendent comptes de leur gestion. Le Colonel Mamadi Doumbouya promet de ne pas faire une chasse aux sorcières dans le souci de rassembler et de préserver. Ce qui est une noble intention. Cependant, pour éviter de répéter les mêmes erreurs et mettre fin à l’impunité, qu’une Commission de vérité, de pardon et de réconciliation soit mise sur pied.

Le CRND doit à la Guinée une telle commission pour nous aider à nous pardonner pour clore le passé et faire face au futur. Tous les pays qui sortent d’une période tragique ont mis sur pied une telle commission. Que ce soit l’Afrique du Sud après l’apartheid ou la Gambie tout près après la défaite de Yahya Jammeh, des commissions ont été mises sur pied pour permettre aux uns et aux de s’expliquer. Ces commissions sont d’ailleurs une opportunité pour certains qui sont suspectés injustement de s’expliquer et de blanchir leurs noms. Ce qu’il faudrait à tout prix éviter avec une telle commission, ce sont les règlements de compte, l’acharnement et le ciblage d’individus pour des raisons politiques ou personnelles.

 

  1. Une Commission pour rédiger une nouvelle Constitution ou pour simplement réviser celle de 2010. Bien que nous n’ayons pas encore eu une Constitution qui soit adaptée aux réalités de notre pays, l’expérience avec les régimes précédents a montré que les problèmes dont la Guinée souffre n’ont pas beaucoup à voir avec l’inadaptation de nos Constitutions à nos réalités. La Guinée souffre plutôt d’un manque d’hommes. Même si une constitution nous venait du ciel, si les hommes qui sont chargés de son application et qui doivent garantir son respect sont les premiers à l’ignorer et à la violer, elle ne servira à rien.

 

Par conséquent, toute révision de la Constitution ou la rédaction d’une autre devrait tenir compte de cette malheureuse réalité en déconcentrant le pouvoir central et en nous débarrassant d’une présidence omnipotente. Pour cela, l’Assemblée ne devrait pas être subordonnée à l’exécutif mais elle devrait plutôt son égale. Ainsi, toute nouvelle constitution devrait au moins contenir des dispositions qui renforcent l’indépendance des trois branches du pouvoir ainsi que le renforcement des pouvoirs législatifs et locaux. Par exemple :

  • Le nombre d’institutions budgétivores devrait être réduit. Par exemple, la Cour Suprême et la Cour Constitutionnelle pourraient être combinées.
  • La structure du gouvernement avec un nombre défini de postes devrait être inscrite dans la Constitution
  • Le Premier ministre, même s’il est nommé par le président, devrait être confirmé par l’Assemblée nationale
  • Le gouvernement formé par le Premier ministre est validé par le président, mais confirmé par l’Assemblée nationale ou chaque ministre qui en fera partie devrait être confirmé individuellement après audition par l’Assemblée nationale avant sa prise de fonction.
  • La décentralisation devrait être réelle et effective avec des autorités locales qui ont le plein pouvoir dans la gestion fiscale, financière et administrative de leurs communes. La décentralisation ne signifie pas simplement créer des subdivisions territoriales et administratives. Elle exige à ce que le pouvoir central se défasse d’une partie de son autorité au profit des communes. Les élus locaux étant l’émanation directe du peuple, ils connaissent mieux leurs problèmes et sont censés être à mesure de les résoudre mieux.

 

  1. Organiser les élections présidentielles en dernière position et ce, après l’adoption de la nouvelle Constitution par voie référendaire. Le CNRD devrait tout d’abord organiser les élections législatives et locales pour s’assurer que le Président ne se taille pas une Assemblée qui lui servira simplement de caisse de résonnance. Toutes les institutions devraient être mises en place avant l’organisation d’élections présidentielles afin d’éviter que les autres institutions soient inféodées au pouvoir exécutif. Si trois les branches du pouvoir doivent être égales, il n’y a aucune raison que les deux autres dépendent du pouvoir exécutif. Tout ce qui pourrait nous éviter une autre dictature devrait être pris en compte. L’époque des présidents omnipotents doit s’arrêter avec Alpha Condé et il devrait servir de leçon à tous pour que plus jamais cela ne se reproduise dans notre pays.

 

Cette transition est une aubaine pour la Guinée. On devrait la saisir pour engager des réformes profondes parfois pénibles mais qui sont nécessaires car nous sommes dans un régime militaire, un régime d’exception. Ce qui est possible en ce moment ne le sera pas dans un régime démocratique avec un président qui veut plaire à tous et qui veut nouer des alliances pour remporter de futures élections. Le CRND n’a pas à se soucier de tout cela. Donc libre à lui de nous aider à redresser le pays.

Abdoulaye J Barry

ajbarry@live.com

Portland, OR USA

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