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Le Pouvoir judiciaire : un maillon faible de la démocratie en Guinée !

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Le juriste Salifou Soumah
Le juriste Salifou Soumah

La justice guinéenne, quelle illusion pour le pays !

La Guinée est l’un des pays au monde, en Afrique qui dispose des textes juridiques les plus consistants sur tous les plans, faisant ainsi d’elle l’une des plus garnies en matière de mesures correctionnelles. Mais cette justice est-elle active dans l’application des lois ? Notre réponse est non !

Décryptage :

La vie judiciaire guinéenne est un domaine sur lequel beaucoup de personnes et d’institutions nationales et internationales ne cessent de s’interroger à cause de ses multiples dysfonctionnements liés à son impunité.

Depuis l’indépendance du pays en 1958 tous les régimes qui se sont succédé ont perpétré des crimes qui sont restés impunis. Parmi ces crimes, on peut parler des atrocités liées au fameux camp Boiro sous le régime de Sékou Touré, des tueries lors des grèves de Janvier et Février 2007 au temps du Général Lansana Conté, les massacres et viols du 28 Septembre 2009 avec le capitaine Moussa Dadis Camara. Sans compter les tueries lors de certaines manifestations politiques et sociales depuis 2010 sous le règne du Professeur Alpha Condé dont les dernières datent du 12 Mai 2020 lors des manifestations des citoyens contre le barrage de Friguiadi qui constituait un véritable enfer pour les usagers de la route Conakry-Coyah. Tous ces abus du pouvoir restent impunis et intouchables par la justice. Pour endormir la conscience du peuple, après ces crimes on entend toujours cette lâche déclaration « les enquêtes seront menées pour situer les responsabilités. La justice sera faite« . Ce qui constitue une véritable illusion car cette justice n’a jamais vu le jour.

La justice guinéenne reste donc sous l’emprise des hommes politiques et des personnes aisées. Il est visible qu’un juge guinéen hésite toujours de condamner un cadre du gouvernement ou des hommes politiques au risque de briser sa carrière ou sa réputation d’où une justice à deux vitesses (I). Ainsi, une personne plus aisée à accès à de meilleurs avocats donc peut mieux se défendre. Alors qu’une personne plus pauvre doit assumer des frais d’avocats même avec l’aide juridictionnelle. Les dysfonctionnements de cette institution se résument par l’ingérence du pouvoir exécutif dans les affaires judiciaires du pays et la corruption du personnel de la justice et celui de l’administration pénitentiaire (II).

I – Une justice à deux vitesses : entre impunité et la corruption

Les personnes pauvres sont marginalisées et endossent toujours des coups durs de la part de cette justice. Elles comparaissent le plus souvent après avoir été mises en détention, menottes aux poignets, entourées de policiers. Tandis-que la personne aisée comparait le plus souvent déjà » libre ». Le sort est déjà scellé. Ceci dit que les hommes de rang qu’ils soient de l’administration publique, de l’armée ou de la sécurité et les personnes aisées sont permis à tout dans ce pays ( propos violents, arrestations arbitraires, intimidations, détournement de deniers publics, assassinats…), car ils n’ont pas peur d’affronter la justice qui a en revanche craint de les condamner. Les innocents sont condamnés et les coupables sont relaxés. Si la justice qui est censée délégitimer la vengeance en annihilant les inégalités échoue, vers quoi les citoyens pourraient se tourner ?

Ces inégalités du traitement des citoyens par la justice dû à la partialité contribuent à nourrir la haine et la vengeance dans le pays. Ce qui se traduit par l’accroissement de la violence. Les citoyens n’ont plus confiance à la justice de leur pays. En préservant l’avenir de nombreux hommes d’État par des peines insignifiantes, les magistrats conduisent les citoyens à désespérer non seulement de leur personnel politique, mais également de leur justice. Aujourd’hui 2/3 des guinéens n’ont aucune confiance à la justice. Ils préfèrent désormais se rendre justice au lieu de saisir les tribunaux à cause de l’impunité et la partialité de cette justice. Les tribunaux guinéens font donc preuve d’un remarquable laxisme. On peut citer pour illustration des cas comme l’affaire Beny Steinmetz, affaire Bolloré et l’affaire Romain Girbal.

II- La nostalgie d’une justice aux ordres des despotes

Dans un pays soit disant démocratique, cela crée un véritable paradoxe surtout lorsqu’on sait que la Guinée est depuis 2010 dirigée par un Professeur de droit.

Les dysfonctionnements de cette institution se résument par l’ingérence du pouvoir exécutif dans les affaires judiciaires du pays et la corruption du personnel de la justice et celui de l’administration pénitentiaire.

Pour sauver cette justice, il faut la séparation des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) dans le pays comme l’exige les principes démocratiques. Donner en ce moment à la justice une indépendance totale la permettant de travailler en toute impartialité. Ce qui se matérialisera par la condamnation des coupables et la relaxe des innocents quel que soit leur statut ou rang social. On peut se demander s’il faut élire les juges afin de toiletter les tribunaux et débarquer tous ces intellectuels poltrons et corrompus.

Mettre en place une cour de justice de la République afin que la responsabilité pénale des ministres et des hauts cadres soit engagée.

Enfin, donner un salaire décent aux travailleurs de la justice en vue de freiner la corruption dans les rouages de cette institution qui constitue un grand pilier de la démocratie. Si cette institution ne fonctionne pas de manière régulière, les principes et valeurs sur lesquelles repose la société ne seront-elles pas en danger ?

Coécrit par Abdoulaye Salim CAMARA, Directeur d’école privée et Salifou SOUMAH, Juriste

 

 

 

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