Liberté de la presse en Guinée : Quand l’exclusion des médias privés par le ministre Morissanda Kouyaté scandalise la profession
La tension monte d’un cran entre le gouvernement et la presse privée guinéenne. L’exclusion ciblée de journalistes de la presse privée lors d’une rencontre avec les diplomates accrédités en Guinée par le ministre des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, au profit de la RTG, suscite une vague d’indignation. Un acte qualifié de ségrégation et de grave recul démocratique, d’autant qu’il s’est déroulé sous le regard complice de la justice.
C’est un véritable tollé dans les rédactions de Conakry. Lors d’une rencontre ce jeudi 5 novembre 2026 entre le ministre des Affaires étrangères et les diplomates accrédités, des journalistes de la presse privée ont été ouvertement écartés et marginalisés. Une discrimination inacceptable qui amène la profession à s’interroger, les médias indépendants ne font-ils plus partie du paysage médiatique guinéen ? Est-ce que seule la Radiodiffusion Télévision Guinéenne (RTG) a désormais droit de cité aux côtés de l’exécutif ?
Le scandale prend une proportion encore plus alarmante lorsque l’on observe le silence des garants de la loi. Cet acte de violation flagrante du droit à l’information s’est produit en présence du ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory Tounkara, resté totalement impassible. Une passivité perçue par les observateurs comme un blanc-seing accordé à l’arbitraire étatique.
« Il gère un département public, et non son entreprise privée ou familiale », s’indigne un journaliste de la presse locale. Pour beaucoup, les médias ne sont tolérés par le pouvoir que lorsqu’il s’agit de servir d’instruments de propagande. Dès lors que les journalistes tentent d’exercer leur métier avec rigueur et indépendance, les barrières se dressent.
Le cercle vicieux est bien connu des journalistes guinéens, un accès à l’information verrouillé à la source, un système D pour enquêter, puis des poursuites judiciaires ciblées et des suspensions arbitraires prononcées en complicité avec la Haute Autorité de la Communication (HAC) dès qu’un article déplaît au pouvoir en place.
Face à ce mépris affiché, la réaction des organisations fait l’objet d’attentes pressantes. La Fédération patronale des associations de presse de Guinée (FEPAP-GUI) et l’ensemble des structures faîtières sont appelées à monter au créneau pour condamner fermement ce qu’il convient d’appeler une humiliation institutionnelle.
Du côté des reporters de terrain, la ligne de front se dessine. De nombreux professionnels plaident pour un boycott strict et immédiat de toutes les activités émanant du cabinet de Morissanda Kouyaté.
Toutefois, cette mesure de rétorsion ne doit pas signifier un abandon du devoir d’informer. Les journalistes rappellent leur engagement sociétal envers le peuple de Guinée, l’actualité du ministère des Affaires étrangères continuera d’être traitée, mais sous des angles rigoureusement critiques, en allant chercher l’information là où elle se cache.
Car il est inadmissible que des cadres véreux comme Morissanda Kouyaté se permettent de salir l’image du pays devant des corps diplomatiques. Surtout à l’heure où la Guinée se targue d’être une démocratie depuis 1958, le comportement de certains hauts commis de l’État renvoie l’image d’un pays à rebours des standards internationaux en matière de liberté de la presse et d’opinion. Le message envoyé au ministre Kouyaté est clair, la presse privée n’est ni sous tutelle, ni redevable de ses ambitions personnelles.
Ibra Barry, journaliste d’investigation