Abdoul Aziz Diallo, fils de AOB : « mon père souffre énormément »
A l’occasion d’une interview qu’il a accordé à Verrite224.com, Abdoul Aziz Diallo, le fils aîné du Commandant Alpha Oumar Boffa Diallo alias AOB est revenu sur les conditions de détention de celui-ci depuis neuf ans à la Maison centrale de Conakry.
Il a évoqué également l’état de santé de ce dernier qui s’est fortement dégradé ces derniers temps jusqu’à son hospitalisation à l’hôpital Ignace Deen. Aziz lance à la fin un message au Président de la République pour faciliter l’évacuation et voire même la libération de son père.
Verite224.com : Nous avons appris que votre père a été hospitalisé très récemment. Quel est son état de santé actuel ?
Abdoul Aziz Diallo : le commandant AOB a été admis en urgence à l’hôpital Ignace Deen le vendredi 7 août 2020 dans un état très préoccupant après des mois d’atroce souffrance à la maison centrale de Coronthie.
Votre père souffre de quoi ?
Ceux qui ont suivi le procès se souviennent certainement de l’état dans lequel mon père avait été admis aux urgences à l’hôpital Ignace Deen puis à l’infirmerie du camp Samory au petit matin du 19 juillet 2011 (photo ci-dessous).
Dans cette affaire il a été atteint par une grenade qui lui avait été balancé dans son véhicule. Ses blessures étaient tellement graves qu’il avait passé plusieurs jours dans le coma. C’est ainsi que les informations faisant état de son décès avaient été relayées dans de nombreux médias. Grâce à Dieu et aux médecins militaires sa vie a été sauvée et les multiples fractures au niveau de ses deux jambes traitées. C’est l’occasion de remercier ces médecins pour leur professionnalisme et leur courage. Mais par manque de moyens techniques, une partie des éclats sont restés dans son corps et il vit malheureusement avec depuis 9 ans. Ce qui depuis quelques années est à l’origine de nombreuses pathologies avec de sévères complications (des problèmes au niveau du cœur, difficulté de circulation sanguine avec des jambes et des pieds qui gonflent, des douleurs en continu…).
Le salut viendrait de l’extraction de ces éclats de grenade de son corps. Une opération qui s’avère impossible en Guinée. D’où notre doléance auprès des autorités pour sa libération pour raison de santé afin de l’évacuer vers l’étranger.
Quel est votre état mental ?
Malgré les conditions carcérales que nous connaissons tous, le Commandant AOB continue de garder espoir. Il n’en veut absolument à personne. Pour lui, cette épreuve lui était destinée. Cependant il reste préoccupé par son état de santé qui ne cesse de se détériorer avec les années. Il sollicite donc, l’aide de toutes les bonnes volontés pouvant faciliter sa mise en liberté et son évacuation sanitaire vers l’étranger.
Est-ce que jusqu’à présent, malgré la condamnation de votre père vous clamez toujours son innocence ? Si oui pourquoi ?
Le 13 juillet 2013 la cour d’assise de Conakry avait condamné le commandant AOB à la réclusion criminelle à perpétuité.
La cour suprême suite à l’appel des avocats de la défense avait rendu un arrêt de cassation de cette condamnation le27/03/2017. Autrement dit, la décision de condamnation du commandant AOB a été purement et simplement annulée dans le fond et dans la forme par la cour suprême. Juridiquement parlant, la cour suprême étant au-dessus de la cour d’appel, mon Père n’est plus condamné. L’Etat Guinéen doit donc lui garantir son droit élémentaire d’accès aux soins. La question de son innocence a été valablement tranchée par la juridiction suprême en République de Guinée.
Nombreux de deux qui ont été condamnés dans l’attaque contre le domicile privé ont été gracieux. Comment vous pouvez expliquer le maintien en détention de votre père ?
Sauf erreur de ma part, je ne suis pas la personne la mieux placée pour répondre à cette question. Je constate comme vous, qu’avec une cinquantaine de mises en causes au départ, seuls Jean Guilavogui (menuisier de profession) et le Commandant AOB sont en détention aujourd’hui et cela malgré l’arrêt de cassation de la cour suprême.
Même si je suis très heureux pour toutes ces personnes accusées dans cette affaire qui ont pu par la grâce de Dieu retrouver les leurs, je me pose tout de même quelques questions :
– Pourquoi Tibou Kamara, Bah Oury, … et Pourquoi pas Jean Guilavogui et AOB ?
– Pour les mêmes faits, comment peut-on pardonner aux uns mais pas aux autres ?
Quel appel lancez-vous aux autorités
Je fais appel à l’humanité du Chef de l’Etat et de toutes les bonnes volontés afin de nous faciliter la libération des deux personnes qui restent encore détenues dans cette affaire.
Le Commandant AOB est gravement malade, j’ai échangé avec un médecin qui m’a dit que si mon Père n’est pas opéré rapidement, il peut du jour au lendemain perdre la vie si un de ces métaux dans son corps venait à migrer vers un de ses organes vitaux.
Nous demandons à l’autorité judiciaire du pays de bien vouloir lui accorder une libération afin qu’il puisse bénéficier d’une prise en charge adaptée.
M. Le Président, je vous en supplies, n’écoutez pas ces personnes nocives qui vous poussent à nous laisser dans notre détresse alors que vous avez les moyens de nous aider comme vous l’avez déjà fait pour tous les autres accusés dans ce dossier. Je vous en prie, M. Le Président, refusez d’être comptable de leurs animosités. M. Le Président, aidez-nous à sauver notre Père qui est détenu en votre nom depuis bientôt 10 ans.
Merci de cette opportunité.
Merci à l’ensemble des personnes qui continuent de nous soutenir dans cette douloureuse épreuve.
Entretien réalisé par Alpha Oumar Diallo