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Comment éviter une année blanche en Guinée ? Un fondateur d’école privée propose des pistes de solution

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Elhadj Fodé Amadou Camara, fondateur d'école privée
Elhadj Fodé Amadou Camara, fondateur d'école privée

Que faut-il faire pour faire éviter la Guinée une année blanche, session 2019-2020 suite à la pandémie de Covid-19 ? Une question qui ne laisse pas inaperçu aux yeux de certains fondateurs d’écoles privées de la place. C’est le cas du fondateur du Groupe Scolaire, Maître Ahmed Cissé de Matam qui a proposé des pistes de solution en interpellant les autorités éducatives de la Guinée.

Il a fait cette annonce à l’occasion d’une interview qu’il a accordée à notre rédaction cette semaine. En dessous, nous vous proposons l’intégralité de cet entretien où d’autres sujets liés à la crise éducative suite à l’état d’urgence sanitaire décrété par le gouvernement ont été abordés.

Lisez !

Verite224.com : nous avons suivi l’évolution du Coronavirus, qui a ralenti l’économie mondiale, en Guinée, toutes les activités sont paralysées dès après les élections législatives et référendaires, le président de la République a décrété l’état d’urgence qui parle de la fermeture des écoles, quelles sont les conséquences de la Covid-19 dans l’enseignement privé ?

Elhadj Fodé Amadou Camara : la Covid-19 a été bien ressentie au niveau des écoles privées. Depuis le 18 mars, sur instruction des autorités en charge de l’éducation, les écoles ont été fermées. On ne s’attendait pas à ça. D’abord, nous sommes sortis des préparatifs pour les élections législatives, les écoles étaient déjà au ralenti, l’impact est que dans le cadre du fonctionnement, nos écoles ne bénéficient pas de subvention de l’Etat comme certains pays dont les écoles agréées bénéficient d’une certaine subvention. Donc, c’est à partir de nos propres fonds que nous fonctionnons. Il faut payer le salaire des enseignants, il faut payer la location, ceux qui sont avec les Banques, il faut rembourser les Banques.

L’école a été fermée le 18 mars, nous étions obligés de faire face aux salaires des enseignants, il ne reste que le mois de mars. Naturellement, les parents d’élèves ne s’étaient pas acquittés près que qu’à 80%, il y a eu 35% de recouvrement. Donc, les enseignants en réalité sont laissés pour compte parce qu’il n’y a pas eu d’accompagnement. Les mesures mises en place par le gouvernement auraient dû prévoir des rubriques pour ce secteur.

On parle souvent de l’hôtellerie et d’autres secteurs, mais ce secteur-là est social, il faut en tenir compte pour aider les enseignants.

Aujourd’hui, quelles sont vos difficultés ?

Elhadj Fodé Amadou Camara : Les difficultés que nous avons, ceux qui sont en location, sont obligés de négocier pour faire comprendre aux propriétaires des locaux qu’il n’y a pas eu de recettes. Ceux qui sont en remboursement avec les Banques c’est de les écrire, les demander au moins de différer leur paiement à condition que les Banques acceptent jusqu’à ce que les cours reprennent. Les difficultés que nous avons aussi, c’est de faire un ancrage possible entre nous et nos candidats parce que les cours qui sont dispensés par télé enseignement n’atteignent pas les cibles à 80%, je peux même dire c’est 10% par manque de courant, de pédagogie. Ce type de pédagogie n’est pas une pédagogie acquise à tous les niveaux. Nous nous battons pour la qualité de l’enseignement, si vous n’avez pas le temps d’enseignement requis vous ne pouvez pas aller vers la qualité.

 

Nous avons suivi les revendications des enseignants, ils réclament le paiement de leurs salaires malgré la fermeture des écoles, quelles est votre réaction ?

Je vais revenir un peu en arrière, nous avons tenu des réunions avec les DCE et les DPE dans le cadre de l’observation des mesures contre la Covid-19. Ils ont demandé la distanciation sociale dans les classes. Il faut mettre maximum 25 élèves par classe, mettre les distances, qu’ils portent des masques, qu’il y ait des kits et des thermos flashs. Aujourd’hui, il y a un manquement général de tout ce qu’ils sont en train de dire. Au-delà de ça, si vous avez un effectif de 50, vous êtes obligés de diviser le groupe en deux. Les professeurs viennent le matin et le soir. C’est un cas de force majeure. Est-ce-que nous allons pouvoir payer tous les enseignants qui vont être impliqués dans la nouvelle structure. L’Etat aurait dû nous accompagner pour permettre à ceux qui viennent le soir pour que l’on puisse les payer.

 

La revendication du privé, moi je pense que les revendications légitimes à condition qu’ils s’organisent mieux. Avant de revendiquer, chacun dans sa préfecture devrait travailler avec des promoteurs des écoles privées. Appeler les fondateurs pour que réellement ce que nous avons dans la main, les exhiber parce que nous, nos comptabilités ne cachent pas. Si les parents d’élèves payent, nous les payons et si ceux-ci ne payent pas, ça va être difficile, nous serons obligé d’appliquer la politique, on paye le travail pas le travailleur. Moi je pense que la meilleure façon, c’est d’écrire au premier Ministre chef du gouvernement pour demander d’assister les écoles privées parce que les écoles sont connues. A Matam, il y a une cinquantaine d’écoles privées mais il y a des écoles agréées, il y a des écoles semi-agréé et les écoles non-agréées. Les écoles agréées, ça, il faut faire face, les semi-agréées, on verra. Donc, moi je pense qu’il faut s’organiser davantage, qu’ils savent là où, il faut aller revendiquer. Nous sommes à la fin de l’année scolaire, avec un mois de cours, je pense qu’on peut achever les programmes. N’oubliez pas que les enseignants se débrouillent, il y a certains même en groupe de cinq, dix, ils sont en train de donner des cours. C’est à leur propre compte. Donc, nous les encourageons aussi. C’est dans ça, qu’ils ont leur intérêt, c’est une très bonne chose.

 

Vous êtes spécialistes dans le domaine de l’éducation depuis des années, est-ce-que nous ne risquons pas d’entre dans une année blanche ?

On a eu la chance d’étudier au moins sur les trois trimestres, nous en avons fait deux, c’est-à-dire six mois. Il y a eu la grève, l’impact de la grève, certes, ça existe mais ça ne pouvait pas empêcher, s’il n’y avait pas cette pandémie dans les conditions normales, les calendriers pour les examens devaient être respectés. Qu’est-ce qu’il faut faire, il faut qu’il y ait une réflexion pour ne pas qu’il y ait une année blanche, de façon générale, nous avons trois mois de vacances. Nous pouvons décaler, au lieu d’avoir trois mois, avoir deux mois. Cette année, les enfants se sont suffisamment reposés. Au mois de septembre, ça c’est ma proposition, faire une entrée, ça trouvera que le taux de contamination du virus en train de baisser en Guinée. Donc, au mois de septembre, on peut reprendre, on fait cours et les 15 premiers jours du mois d’octobre, nous faisons les examens et ils proclament les résultats. Nous faisons la rentrée vers le 20 octobre pour que les cours puissent commencer en mois d’octobre. Donc, on peut sauver cette année à condition de jouer sur une planification raisonnable.

 

Votre mot de la fin pour clore notre entretien ?

Ce que je vais dire, il faut qu’il y ait de patience. L’éducation c’est un secteur social, très sensible. Nous avons dans nos écoles les maternelles même. Moi j’aurai souhaité que ces maternelles ne viennent pas cette année. Sauf la rentrée prochaine et demander les autorités de l’éducation d’associer tout le monde dans le cadre de cette réflexion parce que les DCE et les DPE sont à leur service. Ils ne peuvent pas en réalité donner exactement ce qui se passe sur le terrain. Eux, ils sont-là, dès qu’il y a un problème, ils essayent de régler mais, ils ne cherchent pas le fond du problème et faire des propositions concrètes. Donc, je demande à Monsieur le Ministre en charge de l’éducation de travailler suffisamment avec les promoteurs des écoles privées. Ça sera une très bonne chose. Le secteur privé, engendre un nombre important d’enseignants qui en réalité vivent à partir de ça. C’est des sortants d’université, des écoles spécialisées. Donc, il faut les assister aussi, il ne faut pas laisser pour compte. Le gouvernement doit pouvoir œuvrer à ce que cette couche-là soit prise en compte dans leur plan de riposte contre la Covid-19.  Je précise qu’au Sénégal, le Président Macky Sall a débloqué un fonds pour les écoles privées et chaque école a bénéficié quelque chose. Je crois que c’est un exemple qu’on peut faire chez nous aussi. C’est bien possible.

Propos recueillis par Ousmane Diallo

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