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Prochaine présidentielle en Guinée : l’opposition politique pourrait bien reprendre du poil de la bête

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Mamadou Yaya Baldé, journaliste politique et essayiste
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De la nécessité de rappeler quelques prolégomènes

La politique est la science suprême. Science suprême ? Oui, parce qu’elle est réflexion avant d’être action. Parce qu’elle est théorie avant d’être pratique. Parce qu’elle est paradigmatique avant d’être science. La politique est une affaire d’idées, d’éthique et de morale. Elle est, par-dessus tout, stratégie parce qu’elle mobilise des intelligences, la haute intelligence. Les idéologues, les stratèges, les experts, bref les têtes pensantes, sont ce qu’ils sont.

Par-delà, la politique est aussi incohérence, rapport de forces et diktat du contexte. C’est pourquoi en politique, « chacun juge bien de ce qu’il sait, et de cela, il est bon juge : d’une question particulière, celui qui est cultivé sur ce point ; d’une culture générale. Voilà pourquoi la jeunesse est peu propre à l’étude de la politique ; car il lui manque d’expérience de la pratique de la vie, ce dont précisément s’occupe la politique. », Faisait remarquer Aristote dans Morale et politique, puf, paris, 1961, p.9.

Malheureusement en Guinée, pour paraphraser un colonel sénégalais, il y a beaucoup de gens qui parlent et qu’on devrait payer pour qu’ils se taisent. Beaucoup d’autres qui se taisent et qu’on devrait payer pour qu’ils s’expriment. Qu’à cela ne tienne, il faut se féliciter du rythme de socialisation politique du citoyen guinéen ces dix dernières années. Son intérêt vis-à-vis de la chose publique est à encourager. La démocratie, disait Jaques Rancière, dans son essai, « La haine de la démocratie », c’est le régime de n’importe qui ». Soit !

La décision de l’UFDG de participer et l’acharnement des autres

Rappelons, si besoin en était, que tout le vacarme autour de la participation de l’UFDG à la prochaine présidentielle est la parfaite illustration du poids politique de ce parti et de sa capacité à cristalliser aujourd’hui les aspirations légitimes du peuple de Guinée. Beaucoup de partis qui critiquent et ne participent pas à cette élection, ne le font pas par principe. Plutôt à cause du montant de la caution électorale majoré que beaucoup ne peuvent pas mobiliser : 800 millions GNF. L’autre argument insensé avancé est de dire que la participation à cette élection, c’est une façon de légitimer la nouvelle Constitution et de piétiner les martyrs. Pouffons un peu.  D’abord, c’est la Constitution du 07 mai 2010 qui prévoyait la tenue d’une élection présidentielle à la fin de cette année et la non éligibilité de l’actuel président. Et le droit des autres d’être candidats sous réserve de jouir de leurs droits civils et politiques et être en mesure de remplir les autres critères y afférents. La légitimation d’une élection, redisons-le, ne dépend pas de la participation de telle formation politique ou pas. Cette légitimation tient essentiellement de trois facteurs : la qualité de l’organisation de ladite élection (transparence), le taux de participation et la reconnaissance de cette élection par la communauté internationale et les observateurs internationaux crédibles.

Face à cet imbroglio créé par le pouvoir lui-même, quelle devait être l’attitude de l’opposition ? Cellou a opté pour la stratégie de Jim Rohn : « Prendre une décision susceptible de changer le cours de notre vie est comparable au déclenchement d’une guerre intérieure contre soi. Décidez. Un mauvais choix est préférable à l’absence de choix». Un leader efficace n’est pas un individu que l’on adore ou que l’on admire. Il doit juste faire ce qu’il convient de faire, c’est tout. La qualité du leadership ne se mesure pas à la popularité dont on jouit mais aux résultats que l’on produit. Attendons donc la fin de l’aventure pour juger.

Ce qui est extraordinaire avec certains guinéens …

Depuis l’annonce des consultations au sein de l’UFDG, d’autres ne parlent plus du braquage de notre jeune démocratie par le régime en place. On ne dénonce plus ceux qui tuent. On ne s’attaque plus à ceux empêchent la justice de fonctionner correctement. Au contraire, on s’en prend aux pauvres victimes et à Cellou comme si les manifestants sont des gibiers et troupeaux d’Alpha Condé qu’il doit tuer à chaque fois qu’il est de mauvaise humeur. On ne parle plus de la candidature illégale du président-sortant. Dans notre pays, nous avons beaucoup d’analphabètes de la démocratie. La stratégie du président était bien celle-là : l’art de compétir sans concurrents.

L’imprudence de certains météorologues politiques

Avec la participation annoncée de l’UFDG et de certains partis politiques de l’opposition à la prochaine présidentielle du 18 octobre (même cette date peut-être prorogée), j’ai entendu des  « météorologues » politiques soutenir  avec aplomb ce qui suit : «  Tout leader qui ira à ces élections signera son arrêt de mort politique, sa retraite politique anticipée ». Je sais les tenants d’un tel discours et leurs mobiles. Toutefois, l’analyste politique sénégalais, Cheikh Yérim Cheikh, a déjà averti sur cette question de l’avenir politique des hommes et femmes politiques : « Un homme politique, tant qu’il n’est pas mis dans son cercueil pour la tombe, il ne faut jamais dire qu’il est politiquement fini ». Parce qu’en fonction du contexte et d’autres situations imprévisibles, un homme politique banni hier, peut-être l’unique alternative aujourd’hui. Les exemples sont légion dans l’histoire.

Ce que j’ai retenu ces dernières années de ma petite observation des faits politiques, c’est l’absence de  toute logique et de cohérence dans les élections, la « chabanisation » des candidats donnés favoris dans les sondages par les instituts spécialisés en la matière, les think Tanks et les milieux diplomatiques (Cf. L’élection de Donald Trump).

« Les élections sont perdues d’avance parce que … »

Dans le processus d’élection d’un Président de la République, il y a toujours une part de mystère, quelque chose qui nous échappe, qu’on ne maîtrise pas. C’est peut-être la part du destin. Lors de la Présidentielle gambienne de décembre 2016,  je ne pense pas, même l’actuel Président, Adama Barrow lui-même, croyait à sa propre victoire face à l’ancien dictateur Yahya Jammeh qui avait fait 22 ans au pouvoir sans partage. Pourtant, par une histoire de billes, l’alternance est devenue possible avec bien évidemment d’autres facteurs exogènes. C’est pourquoi, malgré le fichier électoral corrompu, la CENI caporalisée, je refuse de croire que la Présidentielle du 18 octobre est perdue d’avance par les opposants. Pour moi, aucune élection n’est gagnée encore moins perdue d’avance. En politique, tout peut basculer à la dernière seconde dans un pays.

Mamadou Yaya BALDE

Journaliste politique et essayiste.

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