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Sans eau, il n’y aura pas d’électricité

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Abdoulaye Barry
Abdoulaye Barry

Kankan voudrait aussi son barrage, ce qui est tout à fait normal. Cependant un barrage n’est pas forcément la solution pour cette région. Les barrages qui existent déjà dans les autres régions plus arrosées que la Haute Guinée ne fonctionnent normalement qu’au cours de la saison pluvieuse à cause du manque d’eau. Pourtant sans eau, il n’y aura pas d’électricité.

Construire des barrages exige donc la mise en place d’une politique de protection de nos cours d’eau.

Un barrage ne peut créer une retenue d’eau et réguler le débit d’un cours d’eau que lorsque ce cours d’eau contient suffisamment d’eau. Sans eau pas de débit et sans débit, les turbines ne vont pas tourner et si celles-ci ne tournent pas, il n’y aura pas de production de courant électrique.

De ce fait, lorsqu’on construit un barrage, il faut s’assurer que l’eau y sera en permanence. Dans le cas contraire on aura un barrage saisonnier qui ne fonctionne que pendant la saison des pluies. Malheureusement c’est le cas avec tous les barrages actuellement en service en Guinée y compris Kaleta. Ils ne fonctionnent qu’en saison pluvieuse.

C’est pour palier à ce problème que la retenue d’eau existe. L’objectif de la retenue c’est de créer un réservoir d’eau pour assurer la disponibilité de l’eau pour faire tourner les turbines. Cependant, avec la dégradation de l’environnement qui en résulte, l’avancée du désert vers le sud et le réchauffement climatique, nos cours d’eau ont aujourd’hui un avenir très inquiétant. Si rien n’est fait, ces cours d’eau peuvent disparaître et avec eux les milliards de dollars investis dans ces projets gigantesques.

D’ailleurs, des exemples de cours d’eau ayant disparu ou en phase de tarissement existent un peu partout à travers le pays. Par exemple, à N’Zérékoré où un micro-barrage avait été construit sur la rivière Tilé pour alimenter en courant électrique la scierie et l’usine de contreplaqués ne fonctionne plus. Cette rivière qui traverse la ville est en cours de disparition et son lit envahi par des constructions sauvages. D’autres marigots et rivières de la région sont aussi menacés de disparition. Certains marigots où nous partions nous baigner à l’enfance sont maintenant introuvables et à leur place ce sont des habitations qui ont été construites. Pourtant tous ces marigots et rivières se déversaient dans d’autres cours d’eau. Si les affluents et sous-affluents disparaissent, il est inévitable que le principal cours d’eau disparaisse aussi.

Conscients de ce problème, certains préconisent que nos pays investissent plus dans l’énergie éolienne et solaire. Toutes ces sources d’énergie sont des alternatives viables. Cependant en Guinée elles devraient complémenter l’hydroélectricité car le pays est bien arrosé et il suffit juste de se mettre au travail dès maintenant pour la préservation de nos cours d’eau. Ces fleuves ne sont pas qu’utiles comme source d’énergie, mais ils constituent une véritable source de vie pour nous les humains ainsi que pour beaucoup d’autres espèces animales et végétales. L’agriculture dépend en grande partie de ces cours d’eau et ils servent à réguler notre environnement et ils ont un impact significatif sur le climat et le cadre de vie des localités qu’ils traversent.

Par conséquent, l’État devrait mettre en place une politique de protection de tous nos bassins fluviaux. Sans cela, les deux milliards ou plus de dollars que ce régime aurait emprunté pour la construction des barrages n’auraient été qu’un simple gaspillage et un fardeau pour les futures générations. Il ne faudrait pas attendre que ce problème se transforme en urgence pour agir car en ce moment le coût sera élevé et il serait peut-être trop tard.

L’État devrait aménager des zones réservées tout au long de ces cours d’eau avec des forêts classées et des parcs nationaux. L’État devrait aussi interdire l’exploitation minière industrielle ou artisanale tout près des fleuves ainsi que l’exploitation agricole dans certains endroits proches des cours d’eau. Des opérations de reboisement devrait être menées pour restorer la couverture végétale au niveau des sources de ces cours d’eau.

Par ailleurs, une unité de protection de ces zones classées ou réservées devrait être formée et déployée. Les lits des fleuves et des marigots qui ont été occupés par des habitations devraient être récupérés et restaurés et les habitants de ces endroits dédommagés et recasés dans d’autres endroits. L’exploitation anarchique du bois devrait être interdite et une exploitation rationnelle et réglementée mise en place.  L’utilisation des emballages plastiques devrait être fortement réglementée car ils sont très dangereux pour notre environnement.

Tant que les problèmes liés au tarissement ou à l’assèchement de nos cours d’eau ne seront pas résolus, nos barrages hydroélectriques ne serviront que de solutions temporaires. Il ne suffit pas seulement de construire pour aujourd’hui, mais il faut penser à l’avenir et à l’héritage que nous laisserons aux futures générations.

Abdoulaye J Barry

ajbarry@live.com

Portland, OR USA

 

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Redacteur en chef Verite224.com
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