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Mort du détenu politique Roger Bamba, deux thèses, une vérité

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Dans la cour de la maison centrale de Coronthie, la plus grande prison de la Guinée
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Pour sa famille, le décès du détenu politique a été causé par un empoisonnement. Selon le ministère de la Justice, il a été emporté par une cirrhose de foie. Chaque partie tient dûment compte des témoignages qui concordent avec sa perception des derniers signes du déclin physique des derniers jours du défunt qui lui sont rapportés, en attendant le résultat de l’autopsie envisagée.

Ce qui demeure plausible, c’est que Roger Bamba est parti à jamais, laissant dans le deuil son épouse, ses enfants, ses parents, ses amis et les membres et sympathisants de sa famille politique de l’opposition. Notamment Cellou Dalein Diallo qui s’est engagé à ne laisser la mort d’aucune victime du régime Alpha Condé être en vain.

La communauté politique guinéenne est sous le choc. Roger Bamba, membre de la cellule de communication et responsable des jeunes à l’Union des forces démocratiques de Guinée (Ufdg) est mort en détention dans la nuit du jeudi 17 décembre 2020. Quelques heures plutôt, son épouse Christine Mamy avait reçu un appel téléphonique anonyme l’invitant à rejoindre son époux alité au CHU Ignace Deen de Conakry.

Au lendemain du décès, elle s’est confiée à la presse, en ces termes : « Quand j’ai voulu entrer, le médecin m’a demandé de sortir. Mais Roger m’a demandé de toucher sa tête qui était chaude. Je lui ai demandé où il a eu cette maladie. Par la suite, je suis ressortie. A mon retour, j’ai trouvé qu’il avait changé de position et faisait face au mur. Je lui ai demandé de me regarder, il m’a dit : Je n’en peux plus. Ensuite, il m’a demandé pourquoi je ne suis pas allée à l’hôpital avec son fils. Je lui ai dit que je pouvais venir avec lui dans cet état. Il m’a regardé et c’est là qu’il a rendu l’âme. Je prie Dieu de punir tous ceux qui ont commis ce crime sur Roger Bamba. On l’a empoisonné, on l’a maltraité et son corps a été abandonné. Dès qu’il a rendu l’âme, tous les militaires ont quitté. On dirait qu’on les a chassés; ils sont tous partis. J’étais seule de minuit jusqu’à l’aube, personne n’est venue pour déplacer le corps. Le jeune qui échangeait des messages avec lui, depuis qu’il a été arrêté, ne s’est jamais présenté pour dire que c’est moi qui ai envoyé la convocation. Il s’est caché, l’Etat nous a bernés et traînés dans la boue. Il nous a humiliés. Avec la conjoncture actuelle de la Guinée, comment une femme veuve peut-elle s’occuper de ses enfants ? Qui va s’occuper de ma vie ?»

La mort de Roger Bamba est une grande perte pour son épouse. «Je suis diplômée sans emploi. C’est lui qui faisait tout pour nous. Il n’y aura pas de justice, il est parti pour ne rien. On prend un être humain, le maltraite, on le tue, après 2 jours de pleur et il est mis dans les oubliettes. Que Dieu seul fasse justice !»

Pluie de communiqués 

Le président de l’Ufdg et plusieurs membres de son équipe dirigeante ont présenté les condoléances d’usage à famille éplorée. Le même jour, le parti a publié un communiqué dans lequel on lit que « C’est avec beaucoup de tristesse et de colère que nous avons appris l’assassinat, ce jeudi 17 décembre 2020, de Roger Bamba, membre du Conseil national des jeunes de l’Ufdg ».

« Roger Bamba a été kidnappé, le 7 septembre 2020 à son lieu de travail, l’Assemblée nationale et détenu, depuis, à la Maison centrale, ajoute le communiqué. Il a rendu l’âme ce jeudi 17 décembre 2020 à 1h du matin à l’hôpital Ignace Deen après un transfert tardif de la prison à l’hôpital. »

Pour ce principal parti d’opposition au régime Alpha Condé qui continue à revendiquer la victoire de Cellou Dalein Diallo à la présidentielle du 18 octobre 2020, « la mort, par manque de soins, de Roger Bamba intervient après celles de plusieurs autres prisonniers politiques dont Elhadj Ibrahima Sow et Mamadou Lamarana Diallo ». L’Ufdg « exige une enquête indépendante pour élucider les circonstances de la mort de Roger Bamba et de toutes les victimes du régime », ainsi que « la libération sans condition de tous les prisonniers politiques ».

Le même jour, le ministère de la Justice, Garde des Sceaux, rend public un communiqué dans lequel il dit son «regret d’informer du décès (…) survenu (…) des suites de maladie ».

Le ministère «présente ses condoléances aux familles et aux proches du défunt » et « rappelle qu’il est du droit des familles et proches de faire une demande d’autopsie ».

Incontournable autopsie

Sur les ondes de Radio France internationale (Rfi), le responsable de la Communication du ministère de la Justice, Sékou Keita, assure que le défunt « est mort d’une cirrhose du foie qui a ballonné son ventre et enflé ses pieds ». Il a également affirmé ne pas pouvoir se «féliciter des conditions de détention. Mais M. Roger Bamba remplissait les conditions de détention que l’on peut qualifier d’acceptables aujourd’hui ».

M. Keita a insisté à dire que le ministère de la Justice garantirait «une autopsie si elle est demandée par la famille ou des proches (du défunt) pour tirer cela au clair ». « Nous ne nous reprochons absolument rien», a-t-il fait savoir à Rfi. En apprenant cela, la veuve de l’opposant mort en détention a tenu à dire à la presse que son « mari n’avait pas de cirrhose de foie avant son arrestation ».

« Roger et moi, nous nous connaissons depuis longtemps et depuis que je suis venue chez lui, ici, il y a de cela 3 ans, c’est une seule fois que Roger est tombé malade. Et ça aussi c’était le palu, témoigne-t-elle. Roger Bamba est quelqu’un qui tombe difficilement malade. J’ai été surprise d’entendre (…) qu’il est mort d’une cirrhose de foie. C’est ma toute première nouvelle. Roger ne me cachait rien sur sa vie en tout cas tout ce qui est lié à sa santé et son travail, là je reconnais ça. Peut-être qu’il a contracté cette maladie en prison.»

Le Front national pour la défense de la constitution (Fndc) a condamné «cet énième assassinat de prisonniers politiques». Rendant ainsi le régime Alpha Condé responsable de la mort du détenu politique, le Fndc «exige qu’une enquête internationale soit diligentée sur la pratique de la torture dans les prisons en Guinée» et souligne que «cet assassinat ainsi que la mort subite de plusieurs prisonniers politiques, quelques jours après leur libération, s’inscrivent dans un plan d’instauration d’une dictature atroce en Guinée».

Quant aux membres du collectif des avocats du défunt, ils se déclarent « indignés et révoltés » d’apprendre le décès du détenu politiqueSi la thèse de la maladie est établie par le résultat, elle édifiera davantage l’opinion. Tout comme si celle de l’empoisonnement venait à l’emporter sur celle faisant état de la mort des suites de cirrhose du foi.

Dans cette affaire où chaque partie tient mordicus à ses présomptions, le recours à l’autopsie se présente comme un passage obligé à la fois pour la famille Bamba et pour les autorités de gouvernement. C’est le seul moyen scientifique permettant actuellement d’établir la vérité, et de découvrir toutes causes réelles de la mort de Roger Bamba en détention.

Place donc à l’autopsie pour départager les deux parties !

Par Le Populaire

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