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Que nous arrive-t-il ?

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Amadou Oury Diallo
Amadou Oury Diallo
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Peuple de Guinée, mes frères et sœurs !

Je me suis endormi tout tranquillement il y a quelques années et dans mon profond sommeil, j’ai fait un rêve ou plutôt un cauchemar.

J’ai vu la Guinée, ma Guinée, se perdre. Je l’ai vue voguer en pleine tempête dans un bateau ivre, pris dans des eaux troubles et tumultueuses.

Dans un branlebas indescriptible, j’ai noté des efforts entrepris çà et là pour sauver ce bateau transportant mon peuple. Mais j’ai vu le bateau continuer à tanguer, le gouvernail lâché, le navire commencé à prendre l’eau.

J’ai vu diverses tentatives pour tout sauver. On voyait des trous colmatés par ici, le pont délesté de bagages jugés trop lourds par-là, des séances de prières organisées dans divers coins et recoins du navire et enfin des groupes de survie constitués en divers endroits. Mais, faut-il le noter, les résultats, à mon réveil se faisaient encore attendre.

J’ai pris peur. Moi et bien d’autres qui, comme moi, étions témoins des événements.

Les questions sur toutes les lèvres étaient de savoir s’il était possible de redresser le bateau et si le capitaine à bord voyait ce que nous voyions, s’il sentait, comme nous, l’odeur de la mort, le survol des oiseaux de malheur tapis dans les mâts attendant avec plus ou moins de patience le moment de se précipiter sur la charogne. Le capitaine le voyait-il ? entendait-on de toutes parts.

Et alors, de temps en temps, un officier se tournait vers les matelots et donnait des ordres quelquefois incompréhensibles et contradictoires. A vrai dire, l’officier lui-même ne savait plus à quel saint se vouer. Les choses lui échappaient. Il a commencé à se laisser aller en remettant à Dieu le soin de sauver ce qui pouvait encore l’être de ses passagers et de son équipage.

Le constat de catastrophe a alors commencé à apparaître sur toutes les lèvres, au niveau des personnes, des groupes et sous-groupes.

Les passagers se voyaient perdus. Ils commencèrent alors à tirer, chacun de son côté, les quelques rares canots de sauvetage pour tenter de se sauver et sauver les leurs.

Vaine tentative dans un bateau fou, dans une mer en furie, parsemée de requins impitoyables, voraces et affamés.

« Que nous arrive-t-il ? » est alors la question que se pose tout le monde et partout dans le navire. Eh oui, « que nous arrive-t-il ? » était la bonne question.  Chacun y allait de sa réponse, mais toutes les réponses étaient aussi incompréhensibles les unes que les autres. Le navire était fou et la Guinée folle.

Mes frères et sœurs, est-il imaginable de voir la Guinée, si fière en 1958, si heureuse en 1984, si optimiste en 2010, compter des cadavres en 2020, cadavres causés par des heurts à tout le moins bizarres et incompréhensibles ? Suis-je bien dans la Guinée du 21éme siècle ? se demande-t-on.

Qui l’eût cru ? Personne. Pas plus en Guinée qu’ailleurs. Mais hélas, la réalité est là. Elle s’installe de manière insidieuse, si nous ne prenons garde.

Mes frères, mes sœurs, pourquoi en arriver à ce stade de bestialité qui nous hante ? Pourquoi créer chez nous ce que les autres s’emploient à chasser loin d’eux et loin de leurs pays ? Les raisons, j’en cherche mais je ne les trouve pas. La folie des hommes ? Des ambitions individuelles peu avouables ?

Chers compatriotes, calmons le jeu et mettons balle à terre pendant qu’il est encore temps. Par chance, la ligne rouge n’est pas franchie. Tout n’est pas perdu. Il est encore possible de sauver le navire, de faire les gestes et les actes qui permettront de sauver la Guinée que nous chérissons tant.

Ouvrons les livres de l’histoire récente : le Rwanda, les Balkans, le Mali tout proche, la RDC sont des exemples à méditer pour calmer les ardeurs.

N’y-a-t-il rien qui puisse être fait pour sauver la mise ? Pour sauver la perle du Golfe de Guinée comme on l’appelait jadis ? Pour restaurer la fierté, l’orgueil et l’optimisme de ce grand peuple qui fit rêver tout un continent ? Pour faire revivre ce bel esprit de fraternité, de tolérance, de sanakouya qui caractérisait ce peuple dont le brassage a enfanté notre nation ? Faut-il rappeler que cette nation s’est constituée depuis des siècles sans heurt ni animosité de la plaine littorale à la région forestière, grenier de ce pays, en passant par le Foutah Djallon hospitalier et la savane arborée chantée par tous nos artistes.

Je réponds sans hésiter par un « oui » clair que je souhaite et que je veux contagieux. Je dis oui car je sais que nos populations, dans leur diversité complémentaire, ont toujours vécu en symbiose dans une fraternité que rien, avant nous, n’a ni remis en question ni contrarié.

Serions-nous alors les enfants qui verrions, de notre temps, se dissoudre ce bel héritage plusieurs fois centenaire, par notre faute, par notre complicité, par notre inaction ou par notre passivité ? Aurions-nous fait notre part du travail comme le firent nos valeureux ancêtres ? Je laisse à chacun le soin et le loisir d’y apporter sa réponse, mais que je souhaite constructive, digne de nos ascendants.

N’oublions pas la joie de vivre qui a jalonné et égayé les premiers et beaux moments de notre indépendance durant lesquels le regard typé et communautarisé n’existait pas, où la méfiance et le réflexe ethniques étaient inconnus.

Qu’il était beau, ce temps-là ! Peut-on le ramener ? Je dis encore oui. Je dis avec force que rien n’est encore perdu, bien au contraire ! Ramener ce merveilleux temps est bien possible car, nous ne souhaitons pas que nos épouses aient peur de demander du sel à leurs voisines. Nous ne souhaitons pas plus que le plat de lafidi du voisin soit suspect, ou que le tobogdji, le lathiri ou le marokhulandji nous soient interdits par pure méfiance et suspicion.

Mes frères et mes sœurs, réveillons-nous et regardons tous dans la bonne direction pour le salut de notre pays et de notre peuple.

Arrêtons-nous avant que nous ne commettions l’irréparable.

Vive la Guinée, notre Guinée !

Amadou Oury Diallo

Citoyen guinéen

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