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Face à eux-mêmes, à leurs leaders et à l’avenir, ce que veulent les Guinéens  

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Lamarana Petty Diallo
Lamarana Petty Diallo
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L’espoir d’un nouvel avenir est né avec l’indépendance nationale de 1958. Depuis, les Guinéens sont en quête et s’en sont toujours remis aux dirigeants des régimes politiques successifs et aux prétendants au pouvoir.

Cet espoir a une trajectoire. Il a connu des hauts et des bas. Il a conduit à des perspectives toujours renouvelées mais rarement atteintes. Cependant, des événements de divers ordres se succèdent depuis près de deux décennies et constituent, pour tout observateur de l’histoire politique, des indicateurs d’une fin de cycle : celui des pouvoirs inaltérables et des chefs inébranlables.

La nouvelle ère, celle que les responsables politiques ont souvent empêchée souffle déjà et les soubresauts de violences, de manifestations discontinues mais répétitives en sont les signes annonciateurs. Il nous appartient d’en prendre conscience pour assumer pleinement notre présent et notre avenir. Cela passe nécessairement par un certain nombre de paramètres dont l’avènement de nouvelles habitudes ou pratiques dans la gestion de la cité.

Une autre politique pour un nouveau mode de gouvernance

Qu’on ne me prête pas l’intention de faire allusion au « Gouverner autrement », ni à son antithèse « Ment pour gouverner ».

La politique dont il est question implique un nouveau regard, de nouvelles idées, une nouvelle philosophie politique qui devrait émerger pour parer, réformer, voire révolutionner, les mentalités sociales et le mode de gouvernance en cours dans notre pays.

C’est un critère que la classe politique guinéenne devrait prendre en compte pour anticiper sa propre transformation. Elle devrait s’aviser et comprendre que la reproduction de modes de gouvernance du passé, basés sur le nombrilisme régional ou ethnique perd du souffle.

Cette politique-là a fait suffisamment son temps et de mal : aucune génération, de l’indépendance à nos jours n’a échappé à la farce démocratique dont s’est paré plus d’un régime politique guinéen.

Nous avons connu des régimes qui se disent, les uns plus que les autres : démocratique, populaire, rassembleur, républicain, redresseur, patriotique, etc. Mais, qu’avons-nous vu ?

Le premier qui se nommait démocratique a été plus dictatorial. Ceux qui sont venus en redresseurs ont tordu le peu qui restait droit dans notre pays. Ne parlons pas du rassemblement actuel de notre peuple qui a dépassé tous ses prédécesseurs en termes de division et d’ethnocentrisme.

Un mal guinéen : L’ethnie politisée 

L’expérience politique que nous avons menée jusqu’à présent a montré que la coloration nominative d’un parti politique ne détermine pas sa pratique de gouvernance. Sinon, les régimes politiques n’allaient pas reproduire, en pire, les mêmes modes de gouvernance politico -ethnique ou l’ethnostratégie.

L’ethnie ne saurait demeurer au cœur de l’Etat en recyclant les mêmes acteurs qui font souvent de la politique par dépit et non par conviction. Ceux-là qui ont instauré et entretenu une espèce de mœurs politiques qui se régénèrent indéfiniment ne sauraient plus continuer à régir la vie des Guinéens.

Ceux qui ont légué ou sont en train de mettre en pratique le mode de gouvernance qu’ils ont hérité : chaque système qui part cède à celui qui le succèdera ses affidés, ses larbins, ses fossoyeurs, ses courtisans doivent changer ou disparaître du paysage politique. Les pouvoirs qui recrutent sur des critères subjectifs bien connus : régionalisme, clientélisme, corporatisme, corruption et laissent libre cours à la gabegie ont fait leur temps.

Cette évidence s’imposera sous peu. Mais, c’est à nous d’accélérer la fin de cette réalité qui s’apparente à un clonage de systèmes ; à une perpétuelle reproduction de la même « progéniture politique » qui plombe notre pays depuis des décennies.

Nous ne pourrions le faire si nous ne mettions un coup d’arrêt à un mécanisme bien rôdé qui vicie le système.

Les transhumances et la pléthore des partis politiques 

En Guinée, c’est comme si nous avions une pépinière pour faire germer des partis politiques. Le pays en compte près de deux-cents alors que le nombre d’ethnies se situe autour de la quarantaine. Une part d’explication de la déstructuration sociale et politique qui nous talonne, ces dernières décennies tout particulièrement, tient de cette réalité.

Les partis politiques -pour ne pas dire claniques- se plantent, se transplantent et se greffent à volonté selon les circonstances ou tendances politiques du moment.

Certains de nos compatriotes créent leur parti et le promène comme le ferait un banabana de Madina ou de N’gnenguéma de ses quelques fripouilles. Ils affectionnent tout particulièrement les périodes pré-électorales propices à se vendre au plus offrant.

Ailleurs, les acrobates font du cirque.  Chez nous, ils font de la politique. Ainsi, ce noble art de servir la cité tourne au jeu de cirque. Beaucoup de Guinéens se sont spécialisés à ce jeu que j’appelle : « La politique acrobatique » car, on a des politiciens acrobates.

Ainsi, a-t-on vu des « propriétaires de partis politiques », d’une dizaine de militants à peine, courtiser lors d’échéances nationales « les grands partis ». A force de démagogie, de diffamations, d’invectives, de dénonciations et d’incantations, ils décrochent gracieusement le sésame : le titre d’«Honorable» ou de maire qu’ils convoitaient.

Dès lors, ils reprennent leur bandoulière et « Bye-bye allié, vive le pestiféré d’hier ». Ils changent de camp : d’opposants, ils deviennent alliés au pouvoir et, inversement. Ils n’hésitent pas à revenir d’où ils sont partis si ça ne marchait pas. C’est ce que j’appelle : « La politique du ventre vide ou de la quête de pitance ». Comment sommes-nous arrivés à ces transhumances, migrations ou volte-face qui font malheureusement légion ?

Le guet-apens des fastes du pouvoir

Les fastes du pouvoir poussent beaucoup de responsables politiques, qui n’ont pas d’éthique ou de moralité, aux migrations ou « Navetanat politique ». Ces saisonniers de la classe politique guinéenne, sans attache, sont en quête perpétuelle, n’ont pas uniquement de titres, mais de quoi manger. Passer d’un bord politique à l’autre, traverser la frontière qui sépare opposition et pouvoir ne les gêne point. Cela, d’autant plus qu’ils n’ont, pour la plupart, aucune occupation professionnelle et n’espèrent pas à une retraite.

Dès lors, faire la politique devient une activité commerciale consistant, comme mentionné plus haut,  à vendre leur parti. Leur rachat acquis, ils sont aussitôt promus aux plus hautes sphères de l’Etat. Ils se distinguent par leur zèle sans limite. Ils foulent au sol les promesses de fidélité au parti qui leur avait servi de bouée de sauvetage et déroulé le tapis rouge.

L’ancien allié devient la cible à abattre ; son parti, une menace à s’en débarrasser. Désormais à lui, le déshonneur, les calomnies et les insultes. Un certain parti politique et son président en ont l’amère expérience. Bien de responsables de partis-bandoulière à l’agonie s’en sont servis pour retrouver du souffle et rejoindre l’adversaire au pouvoir. Pourtant, le terrain politique est si glissant.

C’est aux citoyens de mettre fin à ce genre de pratique et de comportement qui sème le flou, discrédite la politique et gangrène le climat social. Pour ce faire, il faudrait bien cerner la moralité des responsables, leur leadership ou représentativité au plan national avant d’adhérer à un parti politique. Ainsi, auront-ils, très certainement, la réponse à la question qui les taraude depuis bien longtemps.

Qui est réellement opposant ? 

Il n’est interdit à aucun citoyen de militer. Que le parti soit de l’opposition ou du pouvoir n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est le libre-choix et l’engagement qui en découlent.

Par conséquent, cette appartenance doit être pleinement assumée.  Jouer à la fois à l’écureuil et au ras-palmiste : « Je ne peux pas monter mais j’attends le fruit cueilli par l’écureuil pour me régaler » est à bannir dans la conquête du pouvoir.

Qui ne comprendrait les frustrations des militants des premières heures du Rpg par exemple ?  En une décennie de pouvoir de leur parti, certains d’entre-eux ruminent leur déception ou se meurent dans la misère alors que d’autres, qui n’ont lutté ni de près ni de loin, se beurrent. Ces visiteurs de la 25è heure arpentent les arènes du Palais alors que ceux qui ont subi brimades et emprisonnements sont rangés dans les oubliettes.

Les vrais opposants se battent, de loin ou sur le terrain, pour un changement réel ; pour le bien-être des populations. Ils sont sur un double front : contre le système en place et contre les migrants politiques. Les autres, s’ils n’ont pas encore rejoint le camp du pouvoir, cherchent à y arriver par tous les moyens. La preuve ?

Dès le lendemain de la prestation de serment du président déclaré, ils se sont empressés de donner les premières directives et se sont fendu des premières recommandations. A croire qu’ils étaient déjà ministres.

Il fallait les voir se bousculer le 15 décembre 2020, face aux caméras pour marquer leur présence dans l’espoir d’entrer dans la mangeoire gouvernementale.

Qui n’a pas écouté, les jours suivants, leur mea-culpa dans la perspective de se repositionner en potentiels alliés. Leur main tendue, sans aucune consultation des instances de leur parti, a conduit à plusieurs démissions de responsables. Désormais, ce sont les militants qui devront lâcher les troubadours politiques qui n’hésitent pas à mendier.

« Allabè,  Annabibè », un poste pour joindre les deux bouts 

Il y a de braves politiciens chez nous. Ils « sont opposants » depuis des décennies mais ils sont les premiers à courtiser le système qu’ils combattaient. Si cela n’est pas bien guinéen, ce n’est pas d’ailleurs non plus.

On a partout entendu des « Allabè, Annabibè » (s’il te plait) de la part de certains opposants sauf dans nos langues. Trop gênant. Alors, on se dissimule à dire la langue française : c’est plus commode et plus alambiqué, plus approprier pour se voiler la face. Au cas échéant, on aurait ouvertement entendu des prières faites au « Kê Koroba »  (grand chef) ou au « Mansa Kê ».

Dans tous les cas, bien de ceux qui luttaient contre le troisième mandat se sont subitement montrés, les uns plus que les autres, plus modérés, plus disponibles, plus vertueux en conseils et propositions.

Chacun d’entre-eux a tenu à exposer en premier ses lumineuses idées ; sa légitime volte-face : » Mon parti a tourné la page ; ce que je propose au président Alpha Condé ; nous devons aller de l’avant ; si on me proposait un poste… ; mon parti a pris acte ; il revient au président de la république de…, si on m’invite… ; il faut que… ; je propose que… ». Et Nyatiri poça ! (juron ironique). Mais le cirque continue.

Ne sommes-nous pas dans un pays où le chef de l’opposition qu’on lui a filée dispose d’un nombre illimité de quatre  (4) parlementaires ? Pourtant, il s’est proprement octroyé un cabinet de 15 membres.  Un nombre qui aurait pu augurer le premier gouvernement de la Quatrième République. A se demander où est passé « Korô Mansa » dont le goût pour le partage du pouvoir et l’acceptation de la rivalité sont bien connus.

Mais l’argent pue du côté du chef qui saura bien filer à l’opposition, des lianes, que dis-je, des liasses, de billets. Ah ! Pauvreté politique quand tu nous tiens. Car toutes les acrobaties mentionnées s’expliquent par la poche trouée et le ventre vide.

Les systèmes ne sont rien 

Il n’y a pas de système politique fort. Il ne peut y avoir que de peuple soumis ou qui refuse, du moins tarde, à assumer son destin.  Tout est entre les mains du citoyen détenteur du suffrage universel et unique porteur d’avenir.

Les Guinéens que nous sommes devrions intégrer cette philosophie qui nous permettrait de comprendre que la classe politique n’est que le reflet de notre propre image. Ce qu’exprime en termes simples l’adage : « tout peuple a les chefs qu’il mérite ».

Désormais, nous devrions choisir entre les opposants qui ont des objectifs, nourrissent un idéal réel, assument réellement leur vocation et les opposants fictifs ou virtuels qui nous bernent en nous prenant comme un objet de troc.

Chacun de nous devrait se dire, je veux sortir du cercle vicieux des présidences à vie. Je ne veux plus m’accommoder du comportement néfaste de certains opposants aux convictions aussi fluctuantes qu’une sauce de gombo et bien plus poreuses qu’un filet de pêche.

A nous de savoir qui, de l’opposant assumé à celui qui cherche où se poser selon les jeux politiques du moment, pourrait être le recours.  Qui est du pouvoir ou de l’opposition ? Qui a un pied dedans et l’autre dehors ?

Nous devrions nous demander si des politiciens, englués dans des divisions intestines et des débats qui tournent autour de l’ethnie et non de la nation, pourront mettre fin aux maux séculaires dont nous souffrons.

Enfin, il faudrait nous rendre à l’évidence qu’il nous est rarement arrivé de nous réveiller le cœur net pour nous réjouir des systèmes que nous avons connus. Tous les jours, nous nous répétons, et nos parents avant nous, les mêmes prières, les mêmes doléances, le même questionnement : « Oh ! Mon Dieu, quand est-ce que ce pouvoir aussi va prendre fin ? Fasse qu’il finisse de mon vivant ! ».

N’est-ce pas que l’eau, le courant, les soins, la sécurité, l’entente nationale, qui constituent notre quotidien vital,  nous sont aussi inatteignables que le sommet du Mont Nimba ?

A nous d’assumer notre destin en choisissant des dirigeants qui ne soient pas de simples guérisseurs de nos maux, mais des faiseurs de notre bonheur.

Par Lamarana-Petty Diallo

lamaranapetty@yahoo.fr

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